Accueil du siteles bulletinsbulletin n°8 |     Plan du site                                                                 |contact|

Lutte sociale dans l’énergie
« Lutter plus pour gagner plus ! »

La lutte des agents d’ErDF (Électricité réseau distribution France) et de GrDF, filiale d’EDF et de GDF Suez, a débuté à la fin du mois de mars. Elle intervient à un moment où ces entreprises sont dans un processus de privatisation progressive — l’externalisation d’une partie des activités. Cette opération nécessite une réduction des effectifs passant par le non-remplacement des départs à la retraite et la suppression de sites (particulièrement en zone rurale). S’en suit d’inévitables problèmes techniques et des pressions sur les salariés pour y pallier. Juste pour le Gard et pour l’année passée 15 postes supprimés après départ à la retraite — 1 500 au niveau national — et 2 sites fermés (Vauvert et Beaucaire). Une prétendue rentabilisation pour plus de compétitivité qui cache en réalité une inégalité sociale bien coutumière : ErDF affiche 5,7 milliards d’euros de bénéfice pour l’année dernière, 3,1 milliards sont allés aux actionnaires contre 250 000 euros aux salariés, certains hauts dirigeants ont vu leurs salaires augmentés grassement alors que celui des techniciens monte bien moins vite que le coût de la vie. Un ras-le-bol général régnait déjà, lorsque la découverte d’un document de travail de la direction, planifiant la politique d’externalisation, a mis le feu aux poudres.

La lutte a rapidement pris de l’ampleur, par une participation massive parmi les 46 000 salariés (en Languedoc-Roussillon la grève est majoritairement suivie dans les différents sites — à Alès, jusqu’à 30 grévistes sur 40 employés) et par la diversité et la radicalité des actions. D’abord, se multiplient les journées de grèves, les blocages de sites souvent musclés (piquets, véhicules rendus inutilisables...), la baisse de la production ou l’arrêt, en particulier dans des centrales thermiques ou les manifs imposantes (comme à Toulouse le 1er avril où une soixantaine de véhicules dont de nombreux poids lourds ont bloqué le centre ville). Puis suivent les coupures de courant et dans de moindres mesures de gaz. Souvent « ciblées », elles visent des intérêts économiques (des zones commerciales, quelques gares), administratives (mairie, préfecture, commissariat) ou symboliques (comme à Paris, à la Villette — cité des sciences et de l’industrie), elles ont empêché également des dirigeants politiques ou d’ErDF de se réunir (comme à Alès, le jeudi 26 mars, où le maire, Max Roustan, a dû annulé une réunion du conseil de communauté du Grand-Alès). D’autres ont touché des quartiers résidentiels, riches essentiellement, mais pas seulement, largement exploitées et détournées par les médias, toujours prompt pour discréditer les luttes. à côté de ça d’autres actions se sont développées, pour multiplier les pressions sur les dirigeants de l’entreprise, les pouvoirs publics et pour expliquer les motivations de la lutte aux usagers : passage en heure creuse pour des abonnés (3 millions de foyers pour la journée du 28 avril), opération « robin-des-bois » — rétablissement de courant pour des foyers ne payant plus leurs factures, débranchement de radars routiers, péages gratuits avec distribution de tracts... Et également des actions coup de poing : le 16 avril, blocage du chantier du futur réacteur nucléaire appelé EPR, à Flamanville (Calvados)  ; le 20 avril, à la Défense, une centaine de salariés envahissent la salle des négociations devant des dirigeants refusant les revendications ; à Toulouse, le 21 avril, des bureaux de la direction régionale ont été saccagés...
Les déclarations tonitruantes des dirigeants d’ErDF ou des politiques veulent rappeler aux grévistes les moyens d’actions qu’il est bon d’utiliser et ceux qui sont interdits. Ces cols blancs cherchent à moraliser un prolétariat qui manque de docilité. Ils préparent surtout une action répressive pour essayer de casser la lutte. Les dirigeants d’ErDF convoquent plusieurs dizaines d’agents pour des sanctions, à partir de début mai. Le 21 avril , à la Défense, la manifestation des grévistes est chargée par les CRS. Différentes procédures sont en cours pour des « sabotages » et autres actions « illégales ». Certains réflexes des agents d’EDF témoignent de ce climat, comme l’utilisation de cagoules, même pour de simples témoignages.

Au début du conflit, les agents d’ErDF semblent avoir eu du mal à poser leurs revendications, contrairement à leurs collègues de GrDF. Ils ont maintenant comme revendications principales : des augmentations de salaires (5%), une prime de 1 500 euros, l’arrêt de projets d’externalisation d’emplois. Ils se battent aussi pour l’amélioration des conditions de travail, le remplacement des départs à la retraite ou la fin des suppression de sites. De nombreuses séances de négociations se sont tenues. La direction fait petit à petit quelques concessions, bien faibles. Les syndicats jouent leur rôle de tampon, grattant un peu du côté patronal et cherchant une sortie de crise, la plus rapide, même sans avancée significative. Mais le mouvement salarial reste dur et ferme. Les propositions de la direction, présentées le 24 avril comme « les dernières », ont été rejeté le 28 avril par les assemblés générales de travailleurs.
Alors que le combat des agents d’ErDF et de GrDF ne semble pas encore fini, il semble qu’une autre filiale d’EDF prenne le pas. Une centaine d’agents de RTE, la filiale d’EDF en charge du réseau très haute tension, ont occupé mardi 28 au matin le siège de l’entreprise, à Puteaux. Malgré une grève longue et dure, la direction refuse toujours de lâcher plus que quelques miettes, malgré de juteux bénéfices. Le conflit risque de continuer.

Le nombre et la virulence des conflits sociaux augmentent chaque jour, au rythme des licenciements et avec la rage de la galère. Espérons que cette combativité retrouvée permette aussi à différentes luttes de se rencontrer et de se rejoindre. Ce qui nous renforcerait tous face à un capital de plus en plus offensif. Ce ne sont pas les grèves mensuelles avec manifestations, même massives (qui plus est les jours fériés) qui changeront quoi que se soit. C’est par l’auto-organisation des luttes, l’action directe et les solidarités que nous pèserons dans le rapport de force !