Accueil du siteles bulletinsbulletin n°8 |     Plan du site                                                                 |contact|

Feu a toutes les prisons
Un texte d’appel à la manifestation du 28 février dernier devant le centre de rétention de Nîmes

En France comme dans le reste de l’Union européenne, l’hypocrisie de nos gouvernements est au comble de sa puanteur. C’est sans aucun scrupule et avec un joli clin d’oeil à un détail de l’histoire que Brice Horteflammes choisit la ville de Vichy pour inviter ses homologues de la propreté nationale à disserter ensemble pour une meilleure harmonie européenne de la déportation. ça n’étonnera personne quand on apprend que Brice a commencé sa carrière politique au sein du GUD (Groupe Union Défense, organisation étudiante d’extrême droite, aujourd’hui existant sous le nom de Jeunesses identitaires…). Cela dit, il faut se rappeler que c’est Mitterrand et le Parti socialiste qui avalisent la loi Peyrefitte de février 1981 (dite de « Sécurité et Liberté », légalisant la rétention administrative des sans-papiers en vue de leur expulsion) en ouvrant les 12 premiers centres de rétention légaux en France à la suite du scandale de la prison d’Arenc en 1975.

La logique concentrationnaire est en marche : les centres de rétention administrative (CRA) tournent à plein régime, et c’est donc à Vichy qu’est adoptée la directive européenne « harmonisant » la durée légale de rétention à 18 mois ; directive validée au parlement européen prête à entrer en application durant l’année 2009. Jusque-là, cette durée légale était en France de 32 jours. Nous passons à présent à une échelle supérieure : 18 mois, entendons-nous bien : presque 2 ans à être “stocké” en CRA, seul(e) ou en famille, en attente d’une place dans un charter (merci aux compagnies aériennes et maritimes), direction le pays qu’on avait fuit délibérément. Et poussons le vice : ne les appelons pas des détenus, car un CRA n’a bien sûr rien à voir avec une prison, non, ils sont seulement « retenus »… On comprendra dans une logique purement mathématique que l’allongement de la durée de détention rime avec la nécessité de construire plus de centres. Ici, nous pouvons remercier — entre autres — Bouygues pour sa “livraison” en 2007 de deux nouveaux CRA tout neufs : ceux de Marseille et de Nîmes. C’est en ces termes que le groupe Bouygues résume les objectifs atteints en tant que mandataire de ces constructions :
« — donner aux retenus des conditions d’hébergement respectant la dignité humaine,
— assurer un fonctionnement simple et sécurisé,
— développer une ergonomie optimale des équipements pour les fonctionnaires de police,
— imaginer des bâtiments discrets s’intégrant parfaitement au site et respectant l’environnement,
— réaliser l’ouvrage dans des délais très rapides répondant aux exigences exprimées par le maître d’ouvrage, pour un prix très compétitif. »

La « dignité humaine » citée en tout premier lieu n’est ici comme partout qu’un concept creux, qu’une formulation débordante de duplicité et de mauvaise foi. Une énorme multinationale comme Bouygues n’est pas là pour jouer dans la finesse, ou pour se gargariser de valeurs humanistes. Il ne s’agit que d’être compétitif pour obtenir le monopole d’un marché, de répondre efficacement à une commande (surtout quand le maître d’ouvrage est le ministère de l’Intérieur, la concomitance des intérêts public/privé fonctionne bien), de produire du fonctionnel, de se vanter des avances technologiques en matières de sécurité et de surveillance, de se targuer de pulvériser les records de livraison (10 mois seulement  !), et le tout dans un respect profond de l’environnement. La belle affaire.
Dans ce cadre, la dignité humaine se résume au droit à l’intimité d’un « encellulement individuel » et à celui de bouffer Sodhexo tous les jours. à quand la clim, les couchettes velours-satin, canal-sat et la bouffe bio ? à quand le retour en première classe, escorté d’hôtesses sexy ? à quand les menottes en or massif ?
La dignité humaine n’est qu’une foutaise. Aucune sorte de modernisation du système carcéral ne peut être opérée. Il faut le détruire. Et s’attaquer frontalement à tous ceux qui disent respecter la dignité des personnes tout en leur forgeant des barreaux.

28 000. C’était le quota de gens à déporter pour l’année 2008 fixé par Horteflic à l’attention des préfets de France. Malgré 3 incendies de CRA cette année (Vincennes, Mesnil-Amelot, Nantes), l’objectif a été atteint, même dépassé : au 31 décembre 2008 (à la vôtre !), 29 800 personnes ont été expulsées hors du territoire national. Et ce grâce à l’étroite collaboration de la Police aux Frontières, d’une justice de réexpédition bien rodée, de délateurs anonymes en tous genres, grâce aussi à notre silence assourdissant.
Grâce à nous, « citoyens honnêtes, propres  » (dixit Hortefeux, nov. 2007), trop en règle pour se soucier de la dite irrégularité des autres, trop employés pour penser à l’inemployabilité des autres, ou même à l’absurdité de nos propres emplois. Trop noyés d’impuissance pour faire face à la démence de nos existences cadencées, rythmées par une horloge qui ne nous appartient plus. Trop occupés à nous débattre avec nos névroses individuelles pour mesurer l’ampleur de la folie humaine.

Etablir des synergies entre migration et développement : voilà le nouveau cheval de bataille d’Hortefric. Pour des raisons économiques, il n’est pas question ici de rester dans l’archaïsme d’une fermeture totale des frontières nationales et communautaires. Brice nous le dit assez franchement : « L’économie française, à laquelle les patrons membres du MEDEF contribuent pour une large part, a besoin de l’Afrique. (...) Nous le savons, nous avons besoin des immigrés dans certains secteurs d’activité. De plus, sans eux, l’Europe ne peut pas maintenir son rang mondial en termes de démographie. Enfin, l’immigration a toujours été constitutive de notre identité : 10% de la population française peut revendiquer une origine africaine. » [colloque joliment intitulé Quand l’Afrique s’éveillera].

Un nouveau concept vient de sortir : la migration circulaire. En pratique, cela se concrétise notamment par la délivrance de titres de séjour strictement limités aux contrats de travail. Le bâtiment recrute (Martin Bouygues a l’air satisfait de la motivation des travailleurs immigrés), alors qu’ils viennent faire les boulots de merde payés des miettes dont personne ne veut plus, puis retour à l’envoyeur. Et qu’ils ne s’avisent pas de tenter de s’installer plus durablement : ce ne sont que les bagnards du capital, et la France a les moyens de les faire dégager avant qu’ils n’en soient les parasites...
C’est ainsi que les rafles se banalisent dans certains quartiers dits « à risques », que les arrestations se multiplient dans les lieux dits « publics » : gares, poste, dans les commerces, dans les trains, trams, bus, aux préfectures, dans les écoles, lors de mariages (avec délation de mariage blanc), voire au domicile des intéressés. Car n’oublions pas : 28 000 MINIMUM. Rien de plus simple d’obtenir des citoyens français de parfaits petits collabos. Une bonne vielle rengaine fera l’affaire : « Le chômage, c’est l’immigré. La criminalité, c’est l’immigré. L’insécurité, c’est l’immigré. La crise, c’est l’immigré... » Même plus besoin du FN ; 50 ans de racisme républicain dans le crâne et le tour est joué. On peut tout légitimer, que ce soit la loi sur la prévention de la délinquance, sur la récidive, les plans Vigipirate de toutes les couleurs, la Loi de Sécurité Intérieure, l’autre sur la Sécurité Quotidienne, les nouvelles mesures antiterroristes... çA PASSE !

Hortefiche multiplie les rencontres diplomatiques avec les pays « source » d’immigration ou de transit afin de parvenir à des accords visant à gérer conjointement les flux migratoires. Avec un renforcement des moyens de surveillance et de fichage considérable (visas biométriques, empreinte génétique, systèmes de fichiers informatisés réactualisés en direct via le réseau ICONET…) ainsi qu’une multiplication des observatoires sur flux migratoires, une devise de l’immigration que l’on nomme clandestine émerge : CONNAITRE, PRÉVENIR, TRAITER. Telle une maladie. Les partenariats public/privé s’empilent ; c’est à une agence privée qu’est à présent confié le soin d’« intervenir » aux frontières de la forteresse européenne : FRONTEX, née en 2005, est l’Agence européenne pour la gestion et la coopération opérationnelle aux frontières extérieures. Avec un budget qui augmente exponentiellement depuis sa création, FRONTEX a de l’avenir. Son objectif : assurer la sécurité aux frontières communautaires en dépêchant des troupes d’intervention ultra rapide (les RABITS) en cas d’afflux massif et soudain d’immigrés clandestins. Mais face à la démesure de l’atroce, que faire ? Grande question, misérables réponses. Dans la majeure partie des cas, les résistances à cette politique restent trop souvent cantonnées à des demandes de régularisation individuelle : il va s’agir d’une gestion de dossiers au cas par cas qui nous réduit à mendier auprès de Môssieur le Préfet des demandes de titres de séjour « à titre purement exceptionnel », puisqu’ON dit que les régularisations massives c’est pas crédible, que « la France a le droit de choisir qui elle veut accueillir ». Ces démarches n’ont de chance d’aboutir que pour une toute petite catégorie de personnes :
— il faut être déjà ultra intégré au système social,
— il faut être cadre ou haut dirigeant d’une entreprise prospère,
— être médecin béninois (il y a plus de médecins béninois en France qu’au Bénin),
— avoir des enfants qui parlent un français irréprochable et qui ne fricottent pas avec aucun de ces jeunes délinquants récidivistes voleurs terroristes qui brûlent des Super 5 et même des Mercedes au lieu d’aller bosser pour s’en payer une qui leur permettra d’aller bosser pour payer le pétrole de la voiture qui leur sert pour aller bosser, etc.,
— ou encore il faut faire partie des quelques 488 réfugiés irakiens « les plus vulnérables » dont l’Europe peut se glorifier de leur avoir offert l’asile (être algérien, kurde ou tchétchène c’est passé de mode),
— ou enfin il faut avoir la chance d’être atteint d’une des pires maladies de la planète nécessitant la compétence de cette fabuleuse médecine française…

Personne ne s’en sortira individuellement sans faire de son parcours de vie un tas de paperasses immondes, sans devoir se fourvoyer dans des considérations putrides bafouillant quelques éloges de la France la France la France, sans voir que cette merveilleuse Terre d’asile repose sur une logique profondément discrétionnaire.

La seule cohérence est de refuser en bloc ce système d’enfermement et de torture.
Cette situation nécessite un mode de lutte collectif, MASSIF.
Les cibles sont multiples, il y en aura pour tout le monde.

P.S. Entre temps, notre tête de turc a été blanchie. Aujourd’hui, Hortefusible a été muté au ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville (rien que ça...), et le repenti PS Eric Besson a repris le flambeau de l’immigration. Le quota, quant à lui, n’a pas changé : 28 000.

> Une caisse de soutien aux inculpés de la guerre sociale existe dans le sud : kalimerosouslesoleil@no-log.org

> La brochure « Sans-papiers : S’organiser contre l’expulsion, que faire en cas d’arrestation », est disponible sur internet : à télécharger sur http://sanspapiers.internetdown.org

> à lire aussi : Feu aux centres de rétentions, éditions Libertalia. Livre constitué de témoignages de retenus sans-papiers pendant les émeutes dans le CRA de Vincennes jusqu’à son incendie.

MANIFESTATION contre le centre de rétention de Nîmes
et contre toutes les formes d’enfermement
Rdv Quartier Mas de Mingue
Samedi 28 février à 17 h