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Alès : Excellente élève de l’« Urbanisme Durable »

Bientôt, Alès, une ville trop propre et trop clinquante pour toi !

A la fin des années 50 et au début des années 60, Paul Béchard, maire SFIO de la ville, décide de raser une partie du centre-ville délabré, pour construire des « grands ensembles » classés en Zone à urbaniser en priorité (ZUP). Dans les années 70 et 80, l’activité d’extraction de charbon de cette ville minière est en déclin, et finit par s’arrêter.
Aujourd’hui, avec 78000 habitants, l’agglomération d’Alès veut croître, se restructurer. Depuis le début des années 2000, les pouvoirs locaux cherchent à reconvertir l’ancienne ville noire et la mettre aux couleurs du « développement durable ». Il s’agit de faire place aux industries du vingt-et-unième siècle, aux « nouvelles perspectives entrepreneuriales » et à la faune qui va avec. Si l’on en croit les récompenses reçues, cela a l’air de réussir (Marianne d’or 2007, ville labellisée « quatre fleurs », rubans du développement durable 2008...). Les compétences attribuées au « Grand Alès », en matière de transports, tourisme, rénovation et nouveaux aménagements urbains, zones d’activités économiques, centres d’animations des quartiers..., font localement de cette communauté d’agglomération l’institution phare de ces politiques. L’Etat lui verse une dotation de 79,90€ par habitant et par an (nettement plus que la moyenne nationale à 44,53€). Le territoire de l’agglomération regroupe 16 communes (de Salindres à Saint-Jean-du-Gard). Mais les notables ne comptent pas s’arrêter là ! Le 17 octobre 2008, Max Roustan, maire UMP et président du Grand Alès, chef de l’oligarchie politicienne locale, serre la pince à Fournier, maire de Nîmes, pour célébrer l’alliance de « leurs » deux villes, sous l’œil bienveillant des entrepreneurs locaux : le projet est d’aménager une métropole regroupant d’ici 2030 Alès, Uzès et Nîmes, 520 000 habitants, avec une urbanisation de 100km² supplémentaires. Une série de travaux sont déjà plus qu’ébauchés : le 3e tronçon de la 2x2 voies devrait ouvrir en 2012  ; la modernisation de la ligne TGV entre les deux villes est quasi financée (alors que la SNCF menace d’arrêter la ligne du Cévenol entre Nîmes et Langeac)  ; la construction du viaduc de Courbessac doit démarrer en 2009  ; le Fonds européen de développement régional (FEDER) débloque des sommes colossales pour l’urbanisme... Le seigneur Frêche, président de la Région Languedoc-Roussillon, voit encore plus gros : il imagine une conurbation d’1,3 million d’habitants qui regrouperait, outre Alès et Nîmes, Montpellier, Lunel, Sète, voire Avignon et Arles, rêvant d’être ainsi à l’origine de la cinquième métropole de France, des Cévennes à la Méditerranée  !
Les projets de grandeur de ces élus mégalos ne doivent pas nous faire oublier que l’aménagement du territoire et l’urbanisme, même à courte échelle, se font toujours au détriment des classes populaires et de ceux qui sont jugés « en marge ». On vire tout ce qui n’est pas clinquant hors des centre-villes, on crée des ghettos à l’architecture conçue pour le contrôle, on karcherise les quartiers, on normalise les habitats. Alès est un exemple parmi tant d’autres de ces villes où le centre est dédié aux activités de la bourgeoisie, où les zones d’activités commerciales et économiques poussent à grande vitesse, où l’on entasse les « indésirables » dans des blocs... Rénovation du Cratère voué aux divertissements bourgeois (y a qu’à regarder le prix du billet !), construction d’un nouveau bowling, d’un golf, d’un centre nautique, innovations à la patinoire...  : pas besoin de panneaux « interdit aux pôvres ! » on aura compris, tout cela est chasse gardée des aristos.

Quant à l’architecture de « haute qualité environnementale », l’urbanisme teinté d’écologie, on ne nous fera pas oublier que, là encore, tout est fait pour servir les intérêts des mêmes  ! Les bâtiments publics à l’architecture moderne auront beau intégrer on ne sait quel matériau « éco-innovant », les caméras s’y compteront d’autant par dizaines. Des panneaux photovoltaïques sur les toits des immeubles ou une salle pour les « jeunes » ne servent que de caution à leurs politiques, pour justifier tous ces investissements qui ne profitent qu’aux riches. 10 000 jeunes architectes européens sont d’ores et déjà en train de plancher sur la restructuration du quartier de la gare en « éco-quartier », projet sur dix ans pour 3000 habitants. Maisons « écolos », transports « verts », 17ha sans voitures... pour un quartier au visage du « développement durable », si cher aux yeux de la classe politicienne qui recycle ainsi sa soif de pouvoir et de gain en projet politiquement correct. Sans nul doute, on expulsera un à un les actuels habitants, les indésirables au moins, avant de tout rénover. A Marseille, on peut voir un bel exemple de ces politiques d’urbanisme dans le secteur de la rue de la République et du Panier. Espérons que nombreuses seront les solidarités à naître pour résister à cet urbanisme qui se fait classe contre classe. Ne nous laissons pas berner par le Mad Max, qui affirme que la « mixité sociale » sera partie intégrante du projet. Il parle d’accession à la propriété à grand renfort d’emprunts pour ceux qui auront le profil. Il évoque des logements étudiants, bien dans la lignée de ce qui se fait dans les quartiers « bobos » de toutes les villes. Avec un tel projet, la volonté est claire : Alès ne doit plus être perçue comme la ville noire du mineur, il est temps qu’elle adopte les couleurs de la bourgeoisie-bohême.
Bientôt, l’alésien pourra ainsi être touriste dans sa propre ville, comme il est de rigueur dans cette Europe des « villes durables ». Grâce à telle entreprise du pôle éco-industrie, des filtres à particule vous indiqueront la qualité de l’air pendant que vous pédalez le long du gardon (ou du moins ce qu’il en restera après l’aggrandissement du barrage en amont vers Ste-Cécile d’Andorge). Vous rejoindrez ainsi votre maisonnée en matériaux écologiques et high-tech. Ensuite, vous partirez bosser dans l’espace d’éco-tourisme de masse du Mercoirol, passant sous moult caméras avant de monter dans un bus design roulant au carburant issu des champs de colza des environs... Ainsi éco-normalisée, vous y mènerez une douce vie de consommateur-esclave, bien loin des classes dangereuses, rejetées, elles, un peu plus loin encore en périphérie de la métropole. Si, par malheur, la statue à l’honneur du mineur alésien du siècle dernier vous fait songer avec tristesse à ceux qui triment de l’autre côté du globe pour extraire tel ou tel minerai, vous pourrez toujours faire un don à une association humanitaire en vous rendant à l’espace André Chamson, ou bien consommer des denrées « équitables » dans une des nombreuses boutiques bio de la ville.

Dans un prochain numéro, nous verrons en quoi l’agglo du Grand Alès, est aussi un excellent élève en terme d’« industries durables ». Il y sera question de télé-marketing, de tourisme, d’éco-industries, de biotechnologies, de mécanique de pointe, etc.