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Vous avez dit Ecosite ?

La gestion du domaine de la Borie a été confiée par les autorités locales, depuis une dizaine d’années, à l’Association pour la Faisabilité d’un Projet Environnement (AFPE), devenue Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) Ecosite de la Borie. La majeure partie des bâtiments n’est pas entretenue, une bonne partie des terres cultivables est laissée aux ronces, les bassins et béals ne sont pas remis en eau... Les activités et chantiers qui ont vu le jour à l’initiative de la SCIC sont peu nombreux : ouverture d’un sentier, terrassement d’un parking pour accueillir des bus (là où il y avait des ruches), construction de toilettes sèches « éco-tech » (mal conçues et coûteuses), restauration d’un mur en pierre sèche au cours d’un chantier (pour lequel des subventions ont été perçues alors qu’il a été réalisé par des stagiaires qui ont dû payer pour y participer), organisations de diverses animations payantes attirant à vrai dire peu de monde... La plupart du temps, la main d’œuvre est bénévole, recrutée grâce à des programmes comme le service volontaire européen ou des partenariats avec des institutions « sociales » qui payent pour faire venir des groupes de jeunes sur les lieux.
La SCIC, qui rassemble notabliaux du coin, entrepreneurs et chasseurs de subventions, a démontré sa capacité à réaliser moult pages de projets écrits. En se servant de la caution morale d’un célèbre agronome, Pierre Rabhi, le projet est de faire de ce lieu - perçu et utilisé par les habitants du coin, depuis la lutte des opposants au barrage il y a vingt ans, comme un espace collectif - un site du développement « économique et touristique durable ».Si l’on en croit leur blabla, devraient y naître un espace d’accueil international avec des conférences, des stages, démonstrations et sensibilisation du public sur l’éco-construction, l’agro-écologie, l’économie sociale... Bref, une vitrine écologique pour la communauté d’agglomération du Grand Alès, où des hordes d’écotouristes croiseraient des scientifiques, des gestionnaires de l’environnement et des coopérateurs internationaux (euphémisme pour désigner les colons d’aujourd’hui) Tout ça, bien sûr, en s’appuyant sur les politiques de l’Union européenne et diverses chartes internationales du développement durable.
Pour financer le projet, des démarches ont été faites  : auprès de boutiques de gestion, de collectivités publiques, de pôles de valorisation économique, de la Fondation Nature & Découverte®, de celle de Nicolas Hulot ou de Bill Gates...
En plus de ses projets lucratifs, elle commercialise déjà des services d’expertise, conseil, animation et accompagnement, notamment autour de chantiers d’éco-construction pour des collectivités et des particuliers. Une activité de location de matériel agricole, dont l’achat a été subventionné, est également en place pour récolter un peu plus d’argent. L’activité de la SCIC tend à se développer autour de la filière bois énergie, en coopération avec la société Avenir Bois Isolation, présidée par... l’un des principaux administrateurs de l’Ecosite !
En réponse à la demande d’installation d’agriculteurs sur les lieux, l’AFPE a fait paraître des annonces pour séduire des personnes intéressées par le projet d’y cultiver la terre (7 projets au total). Certaines sont venues sur place, ont commencé à s’installer, à travailler, mais ont finalement été contraintes de quitter le navire, à force de pressions quotidiennes par ceux-là mêmes qui les ont fait venir  : la SCIC veut acquérir une main mise sur la totalité du domaine.
Des emplois ont été créés, mais les conditions de travail sont peu enviables : du matériel pas entretenu aux animations d’ateliers où personne ne vient, sans parler des conflits quotidiens... Qui plus est, force est de constater que ceux qui s’intègrent bien dans la structure s’emploient à faire le travail de concierge, voire d’indicateur pour la police municipale, la gendarmerie et les élus, entre deux chasses aux subventions.

Affirmons ensemble que la Borie ne doit pas devenir un nouveau pôle économique de l’industrialisation touristique croissante en Cévennes, même teintée d’écologie. Il est temps de faire comprendre aux écoarnaqueurs et autres marchands qu’ils n’ont pas leur place ici !
Ni muséification ! Ni marchandisation !

La Borie ne demande qu’à voir se tisser des actions collectives, autogérées et gratuites, des rencontres constructives. Plutôt que de rester en friche, la terre peut y être travaillée pour nous nourrir, dans un souci d’autosuffisance. A la place des stages payants, échangeons librement nos savoirs !
Les usagers et les habitants ne se laisseront pas sacrifier sur l’autel d’un éco-développement mortifère qui enterre les lieux de lutte et les initiatives autonomes.
Investissons l’espace, reprenons-le aux mains des marchands de services et des autorités locales  !

« Non au pouvoir sans limite des technocrates et des financiers, qui « pour faire de l’argent » en dépensent beaucoup [...] et ne respectent ni la nature... ni les hommes. » (extrait du manifeste contre le barrage de la Borie)