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De l’application incendiaire du Décret anti-cabanisation

A la mi-novembre, deux cabanes installées illégalement sur la commune de Saint-Martin-de-Lansuscle (Vallée Française), ont été incendiées. La gendarmerie, en charge de l’enquête, déclare avoir trouvé des traces d’hydrocarbure et ne pouvoir en tirer aucune conclusion. Depuis maintenant six ans que l’Etat à déclaré vouloir « traiter le phénomène de la cabanisation », à quoi d’autre pouvait-on s’attendre  ?

Vivre dans un habitat illégal et penser obtenir justice en se tournant vers l’Etat... Réflexe conditionné du citoyen, qui croit trouver secours auprès de ce qui fait régner l’ordre. Mais l’ordre défendu par l’Etat et sa police est celui du contrôle de nos existences, de la soumission à la rentabilité. Les lois, les chartes, les décrets, les stratégies qui régissent nos habitats, notre travail, et finalement tous les aspects de notre quotidien n’ont de cesse de nous le rappeler.

Les services de l’Etat ont bien eu le temps de se former et de passer à l’action contre les habitats illégaux. De l’élaboration de la stratégie de développement durable en 2002, jusqu’à la Charte de lutte contre la cabanisation visant le Languedoc-Roussillon et l’Hérault en décembre 2008, en passant par ses « 43 fiches pour l’action  » en 2004. La stratégie est simple et systématique. Premier temps  : «  diagnostiquer  » les lieux qui ne se plient pas aux exigences du développement économique. Identifier les « zones de non droit » ; en faisant appel à la DDE pour le repérage, aux polices pour le contrôle des habitants (flics, administration communale, garde champêtre, CAF, etc.1), et aux communes pour fichages et procédures.

Deuxième temps  : « agir »  ; à coup d’intimidations (menaces, coupure d’électricité, coupure d’eau, amendes journalières), de procès, d’expulsions, de pelleteuses et de bulldozers, la lutte contre les quelques dizaines de milliers d’habitats illégaux à trouvé sa voie... et sait se satisfaire d’un travail rapide et efficace.

Face à des plans si soigneusement préparés, certains ne baissent pas la tête, et s’organisent.

Dans le Gard, Sylvie B. passera pour la troisième fois devant le tribunal d’Alès le 15 janvier pour « occupation sans droit ni titre » d’un terrain où elle vit en yourte. Des rassemblements ont eu lieu lors des procès pour dénoncer les lois des riches qui soutiennent son expulsion par des spéculateurs.

Dans l’Hérault en août 2008, les cabaniers de Vias ont refusé, malgré les pressions, de quitter leurs mobilhomes. Ils ont dénoncé (plusieurs manifestations pendant la saison touristique, appels à solidarité,…) les stratégies mercantiles qui veulent faire de chez eux une zone touristique de haut standing. Grâce à la mobilisation, leurs mobilhomes sont toujours en place, contrariant les Grands Projets du Plan de Développement Durable2. La victoire n’est pas pour autant définitive, car ce que le sous-préfet souhaite fermement c’est  : «  un arrêt immédiat de toutes implantations nouvelles et/ou extension, réprimer toutes les violations, une mise aux normes rapide des équipements sanitaires, et la recherche d’une solution esthétique et urbanistique de l’existant (uniformisation des bâtiments, des clôtures, création de Parc résidentiel de loisir - PRL,…) ». Ils ont gagné le droit de rester car de fait ils l’ont appliqué  ; ils doivent encore lutter pour vivre comme ils l’entendent, ou ils seront intégrés au paysage, uniformisés, puis vendus comme décor carte-postale.

C’est par la solidarité que les projets de l’Etat et ses relais seront sabotés.

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Liste non exhaustive de quelques exactions de l’Etat et ses sbires, prêt de chez toi, depuis 2007

• Destruction de La Picharlerie (48), mas occupé sans droit ni titre, à coups de bulldozer, « nettoyage » d’une « zone de non droit ».
• Expulsion du Prat del Ronc (48), et destruction des jardins, au profit de spéculateurs et en hommage à la sainte propriété privé.
• Attaque en justice contre Eric, habitant d’une yourte à Vébron (48),
• Attaque en justice contre Sylvie, habitante d’une yourte à Bessèges (30),
• Des centaines de procès, suivis d’amendes journalières, contre des cabaniers à Vias (34), afin de « restructurer » la côte et l’aménager pour le tourisme,
• Coupure d’électricité sur des aires d’accueil de gens du voyage (34), pour faire partir ceux qui font tâche,
• Coupure d’eau et d’électricité aux habitants du camping la Bruyère (38), pour faire place nette à un Parc Résidentiel de Loisir (PRL),
• Expulsions de locataires dans le Gard, sans réaction des associatifs censées soutenir les précaires (Habitat Gard bailleur social va jusqu’à soutenir ces « expulsions sociales »), parce qu’avoir un toit, ça se mérite et ça s’achète...