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Les mots captifs dans la lutte des Sans-Papiers
Une modification des termes les plus usités dans notre lutte contre la politique d ’Etat anti-immigrés pourrait être à l’ordre du jour. Les termes « camps de rétention », « retenus », « expulsés » font immanquablement penser à un registre, celui du déchet et de la défécation. Ce sont de véritables métaphores anales que l’Etat se permet de coller au sort des voyageurs qu’il persécute. Si l’Etat et ses médias présentent les immigrés non régularisés comme des déchets expulsables d’un tube digestif patriote, c’est que la régularisation de ces mêmes immigrés consacre aussi la légitimité du fichage, rendue au moins aussi banale que de boire un verre de piquette, rouler des mécaniques devant ses copains ou acheter des cartes postales de la tour Eiffel sur le parvis du Trocadéro. Ainsi, questionner la fonction de ces mots captifs c’est déjà refuser l’insulte. Pour parer à cette stratégie sémantique dépréciative nous devrions lui opposer les termes plus appropriés de « camps de prisonniers immigrés » et de « voyageurs emprisonnés », combien même cela choquerait le bon sens tellement pratique de nos camarades militants. Si la privation du titre d’autorisation de séjour comporte des conditions de survie difficiles, la privation elle-même ne doit pas être seule visée dans cette affaire mais aussi l’existence même de l’Etat, comme en toute autre matière d’ailleurs. Ainsi, le langage, le vocabulaire sur certaines réalités sociales employés par la doxa étatique sont à combattre, au même titre que n’importe quelle réalité sociale d’exploitation et de domination. Et comme il n’y a pas de langue neutre, la signification réelle de nos pratiques ne va donc pas de soi. Un écart persistant entre les mots et les réalités vécues fait que personne ne peut croire un instant à l’évidence d’une réalité immédiate, offerte à nos sens sans médiation, auto-explicative. Tout est, inlassablement, à reprendre de ce lien entre notre perception d’une réalité plus que douteuse et une réalité de plus en plus asphyxiante, pauvre et peu attrayante, qui conditionne la pensée. Les luttes sociales étant par excellence le domaine de la lutte pour le monopole de la signification de la vie, n’abandonnons pas ce terrain au contrôle de la Police et de ses auxiliaires pisse-froids.