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Un compte-rendu des rencontres nationales autour du réseau Halem
Quand l’habitat « libre » et « choisi » sera citoyen et sous contrôle de l’Etat…

Début août 2008, se sont tenues, pendant quatre jours, les rencontres nationales du réseau naissant HALEM (HAbitat Léger Éphémère et Mobile) près de St Jean du Gard sur le terrain de l’ancien écosite de La Borie. Les objectifs de ces rencontres étaient, selon le programme affiché, de formaliser et structurer l’organisation de ce réseau et de lui donner des moyens d’actions.

150 à 200 personnes se retrouvent donc pendant ces quatre jours. Un certain nombre débarque d’un peu partout à un ou deux. Plusieurs dizaines de hippies en profitent pour installer un camp « rainbow » (toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et massages garantis !). Des habitants du squat du Prat Del Ronc, alors fraîchement expulsés (22 juillet), avaient également installé, plusieurs jours avant le début des rencontres un campement de fortune en bord de rivière à l’écosite. Enfin, les « organisateurs » et leur programme de discussions bien calé…

Si ces discussions ont été bienvenues c’est bien parce que les questions de logement – en général – et d’habitat dit « libre » et mobile (yourtes, cabanes, auto-constructions, camions, camping-cars…), en particulier, sont brûlantes actuellement. A l’heure où certains s’engraissent avec l’immobilier – en Cévennes, à Montpellier, comme ailleurs –, et où les mêmes légifèrent à coup d’arrêtés anti-cabanisation contre les logements de fortune et hors-normes, il est effectivement nécessaire de prendre du temps pour tenter de s’organiser contre ceux qui nous poussent à la misère.

S’organiser. Cet impératif a été au cœur de toutes les discussions et forcément le nœud de multiples désaccords et divergences. On a pu voir deux grandes tendances se dégager sur ces questions : celle proposant l’auto-organisation offensive en-dehors des partis et syndicats et contre l’Etat et ses flics, soutenue particulièrement par les ex-habitants du Prat Del Ronc et d’autres ; la deuxième étant la position officieuse d’Halem (ou de ses membres les plus actifs et donc des « organisateurs » des rencontres) désirant créer une sorte de syndicat qui pourrait faire pression sur élus et députés pour que ceux-ci légifèrent pour l’habitat dit « libre et choisi ». Cette seconde position a rencontré un plus large écho parmi les personnes qui ont pris la parole. Et les partisans de l’auto-organisation furent, à la fin des quatre jours de discussion, carrément remerciés pour leurs interventions critiques par les membres les plus en vue d’Halem : ils ne furent que la caution radicale des discussions et des très classiques « décisions » prises pour l’organisation d’Halem.
Évidemment ce compte rendu ne sera pas neutre et critiquera assez sèchement les positions et pratiques qui découlent du réseau Halem (ou de leurs membres les plus en vue). Tout d’abord Halem parle d’habitat « libre » et « choisi ». Revenir sur le sens de « choisi » serait trop long, mais tout le monde sait que le logement de nos jours est rarement choisi et que s’installer dans une yourte, par exemple, relève davantage d’une contrainte économique et matérielle que d’un libre choix. Le seul vrai choix qui est laissé, aujourd’hui, à la plupart d’entre nous est de choisir sa survie, c’est-à-dire pas grand chose. Bon, effectivement, dans ce choix délicat, il est possible d’essayer d’habiter un peu plus « librement », c’est-à-dire en essayant d’échapper, au moins un peu, à l’emprise quotidienne du Capital, au quadrillage de l’Etat, aux normes qui changent tous les mois, aux préconisations/interdictions multiples, à l’énergie nucléaire, aux manières de vivre, au vieil artifice de la propriété privée… Alors pourquoi ne pas imaginer et discuter comme le fait Halem de l’idéal que serait un habitat « libre » et « choisi » ?
Le problème c’est que, par pur bon sens et connaissance de la situation, il est aberrant d’essayer d’organiser un habitat « libre » et « choisi » en demandant, dans le même temps, à ceux qui nous dominent de légiférer en faveur d’un habitat « libre » et « choisi ». Cette démarche relève de la pure stupidité : demander à la mafia au pouvoir et à son outil répressif, l’Etat, d’encadrer et de contrôler, par la loi, un habitat qui se voudrait libre. Le contrôle et la liberté ont toujours été des démarches opposées voire confrontationnelles. Il n’y a rien à demander, rien à quémander. Il n’y a pas de gentil élu ou député, et il n’y a pas non plus de gentil huissier ou de gentil flic : la mafia capitaliste ne défend que ses intérêts, et ses larbins raisonnent à l’identique. Sur la question de l’habitat ou du logement, comme sur beaucoup d’autres nécessités matérielles, il y a clairement conflit d’intérêt. Et un conflit ça se gagne par un vrai rapport de force et non pas sur un groupe de pression qui va négocier avec le pouvoir. Il n’y a pas à pleurnicher, il y a tout à prendre et à reprendre.
La démocratie capitaliste se satisfait parfaitement des groupes de pression citoyens. Ces derniers sont même sa variable d’ajustement : ils lui permettent soit d’améliorer la dernière loi passée (un moratoire sur les OGM, par exemple), soit de carrément créer une nouvelle loi qui encadrera et quadrillera toujours plus. Si l’organisation Halem et ses objectifs politiques prennent un peu d’ampleur – ce qui est probable – nos gentils députés s’empresseront de les féliciter de leur démarche citoyenne et légifèreront sur l’habitat précaire et/ou alternatif en disant « d’accord, bonne idée l’habitat en yourte, mais à telle et telle conditions, avec ces normes “ alternatives ”-là, et pas pour tout le monde quand même, les gens du voyage par exemple, eh bien ils sont un peu pénibles, et puis ils volent nos poules…. ».

Voilà, à peu près pour les positions politiques d’Halem. Et vu que le contenu est rarement séparable de la forme, il est nécessaire de critiquer également la manière dont Halem veut organiser la bataille pour la prochaine loi. Former une « espèce de syndicat », a-t-on pu entendre. En fait, un syndicat « moderne », qui a tous les travers du syndicat, mais avec l’apparence du « réseau », c’est-à-dire quelque chose de plus informel, de plus horizontal. Un syndicat, l’histoire et le présent le montrent tous les jours, c’est une forme d’organisation qui passe plus de temps à défendre l’image que le pouvoir a de lui et à s’asseoir autour de la table pour discuter avec la mafia capitaliste, que d’établir un rapport de force. C’est comme ça avec les syndicats, tout le monde le sait. Et le fait qu’il soit un peu plus informel et un peu plus horizontal ne change rien à sa fonction.
Une « star » était même invitée pour les discussions : le porte-parole à vie de l’association Droit Au Logement est venu nous parler de son « espèce de syndicat » (selon ses mots), de ses familles d’africains, de ses lois à faire passer… Après les chiffres « le DAL a réussi à faire reloger tant de familles en tant de temps… », il nous explique à demi mot le fonctionnement de son organisation : il est nécessaire d’adhérer pour être sur les listes d’attente de relogement du DAL, puis il faut attendre et attendre pour que des actions spectaculairement menées mettent un peu de pression aux pouvoirs publics qui concèderont, à leur tour, quelques relogements – le plus souvent temporaires. Les actions du DAL sont le plus souvent des occupations d’institutions à grand renfort de caméras : il s’agira de faire les victimes plus ou moins révoltées pour apitoyer le téléspectateur – et donc, par opinion publique interposée, les pouvoirs publics. Si cette stratégie ne s’avère pas assez payante, un coup de tonfa de CRS sur le crâne d’une mère de famille africaine sera encore d’un meilleur effet si la scène est bien médiatisée (le dernier exemple en date, celui de la lutte du DAL rue de la Banque à Paris, il y a quelques mois). Bon, on s’arrête là pour le DAL !
Tout ça pour dire comment fonctionne ces vautours de la misère, ces gestionnaires de la survie. Et le fait que les « organisateurs » – bureaucrates en herbe – d’Halem veuillent suivre le même chemin est plus que préoccupant. D’autant plus que ces futurs « bons interlocuteurs » de l’Etat, outre le fait qu’ils cassent toute lutte réelle, participent incidemment à marginaliser l’auto-organisation et à mettre au ban les révoltés et tous ceux qui ne veulent pas négocier avec la démocratie capitaliste.

Il faut bien reconnaître, pour finir, que la bonne idée de quatre jours de discussions autour de l’habitat et du logement est à mettre au crédit d’Halem. Beaucoup de discussions intéressantes, quelques rencontres enthousiasmantes également. Il n’empêche que voir se dessiner, une fois encore, tous les ressorts d’une lutte castratrice, d’une lutte morte-née, quelques soient les apparences que l’on se donne ou les illusions dans lesquelles on se berce, donne la sensation d’un beau gâchis.

Et plutôt que de s’entêter dans cette impasse,
hurlons à l’auto-organisation,
vivons l’occupation des terres
et logements abandonnés,
organisons la mise en bière
de la mafia capitaliste du moment,
car il n’y a pas à pleurnicher, il n’y a rien à demander,
mais il y a tout à arracher, tout à prendre…