Accueil du siteles bulletinsbulletin n°3 |     Plan du site                                                                 |contact|

Mobilisation à florac contre l’expulsion du Prat del Ronc

Depuis plus d’un an, le Prat Del Ronc, petite maison abandonnée depuis plus de 10 ans, est occupée par une dizaine de personnes. Cette maison constitue leur seul logement et les terres avoisinantes les seules qu’ils puissent cultiver.
Le propriétaire, Mr Stonex, a acheté cette maison dans un but de spéculation, il n’y a jamais résidé.
La préfecture de Lozère a multiplié les pressions sur les habitants depuis l’été dernier ; visites régulières des différents services de police, photos, contrôles d’identités, présence systématique lors des évènements publics tels que, chantiers collectifs et projections.
Cette même préfecture a fait en sorte que le propriétaire, plutôt indifférent de prime abord, engage une procédure d’expulsion.
Ce vendredi 16 mai 2008, avait lieu la deuxième audience du procès des occupants du Prat del Ronc, pour occupation sans droit ni titre.
Conscients de la mascarade judiciaire et du fait que ce procès était joué d’avance, la mobilisation se fit autour de l’idée de carnaval.
Il s’agissait de troubler, voire d’empêcher le jugement.

Le jeudi 15 mai, la TNT (Troupe des Non Théatreuses) s’installe sur la place du marché de Florac, déploie quelques banderoles, diffuse quelques infos via une table de presse et joue, pour la troisième fois, sa fameuse saynette “Vous lui en mettez combien Mr le juge ?” ; improvisation burlesque, mettant en scène un tribunal dans toute sa farce et son iniquité.
La même place du marché fut occupée le reste de la journée pour construire décors et costumes du carnaval du lendemain. Quelques curieux s’avancèrent mais on ne peut pas dire que cela souleva l’enthousiasme des foules !
Le soir, nous fûmes quelques trente à occuper l’ancienne gare de Florac. La soirée se passa entre préparatifs et pizzas, et fut saluée par une mise en garde courtoise des gendarmes sur la vétusté des lieux et leur dangerosité.
Dans le même temps, les deux entrées de Florac étaient occupées par de nombreux militaires armés.

Le lendemain, vers 14h, c’est un cortège majoritairement costumé et masqué d’une soixantaine de personnes qui déambule dans les rues du centre-ville, au son de percussions diverses et hétéroclites. Après une station bruyante et prolongée devant la sous-préfecture, le cortège se rend devant le tribunal.
Une dizaine de gendarmes et affiliés, sont retranchés derrière les portes vitrées, barrant le passage à toute espèce de costumé. Les improvisations bruyantes montent en intensité et se répandent autour du tribunal. A l’occasion de la sortie de quelques personnes, il est tenté de passer en force, provoquant quelques bousculades avec les gendarmes. Nous ne réussirons pourtant pas à empêcher l’audience de se dérouler, en l’absence des occupants, et la juge de reporter sa décision au 20 juin, précisant qu’il n’y aurait pas d’audience et que ce n’était pas la peine de venir.
Après cela, le cortège se rend en centre-ville, où une interprétation de ‘’LA NEF DES FOUS’’ est jouée en marionnettes, dans l’indifférence des Floracois du secteur.
Puis, la figure du citoyen gavé de propagande et de peur est brulée en place publique.

Parenthèse.
Pourquoi si peu de monde ? La peur ? La lâcheté ? L’égoïsme ? La résignation ?
Il vaut mieux dans ce monde ne pas se faire remarquer et filer doux dans le troupeau, en maugréant de temps à autre contre le berger. L’heure est à la soumission quasi généralisée que l’on édulcore un peu avec des lectures rebelles ; histoire de se rassurer grâce à ceux et celles qui ne baissent pas les bras. Est-ce si bon que cela de vivre les luttes par procuration ? Parlera-t-on de misère révolutionnaire comme on parle de misère sociale/sexuelle ?
L’heure est aux slogans sans vie imprimés sur des autocollants. Echos chagrins de ces vies chagrines où abdiquer n’est plus un vain mot mais une pratique banale. L’exil total est impossible.
Mai 68, Mai 2008, le cadavre ne bouge plus ! il danse, bêtement, déguisé en baba-cool exposant sa fausse quiétude à la foire du dimanche en monnayant coolement son artisanat local et en espérant veulement qu’un jour « on » l’acceptera dans le décor.
Difficile intégration. Struggle for life ! Mais jusqu’à quand ?
Pourtant, il n’y avait aucun risque de se faire remarquer ce 16 mai puisque tous et toutes étaient masqués. L’absence doit être ailleurs.
Le narrateur critique ici ceux et celles qui ne se sont pas déplacés ce 16 mai et regrette, non sans colère, que la lutte des paysans sans-terre dès lors qu’elle ne se passe pas à 15000 km de notre bled ne mobilise pas plus de personnes que cela. Chacun pour sa gueule, chacun ses petits plans merdiques et tout continue. « A bas la révolution ! Vive l’institution ! »,pourrait-on lire en filigrane sur les tee-shirts, dans les volutes des joints et les vapeurs des alcools frelatés...
Fin de la parenthèse.

Reste à voir maintenant les moyens à mettre en œuvre pour rendre l’expulsion la plus problématique possible.