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Tabassé par la police !

A Montpellier, dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 mai, vers 2H30, j’ai été tabassé par des flics pour les avoir filmés et pris en photos alors qu’ils demandaient à un homme de se mettre nu devant eux, près du Rockstore, juste à côté de la place de la Comédie. Ils étaient dans une Clio grise qui fonça sur moi en faisant marche arrière. Je me mis alors à courir en passant devant le cinéma Le Diagonal jusqu’à la rue de Verdun. A ce moment là, d’autres flics (en civil) réussirent à me rattraper :
« A genoux connard ! Allonges-toi ! Mains sur la tête ! »
La Clio grise arrive, un flic me demande mon téléphone. Je lui donne sans broncher :
« T’as pris des photos !? »
« Ouais. »
Les menottes se claquent et ils me mettent dans la voiture. A peine dedans que le flic à côté de moi me colle une mandale au visage. J’ai peur, je sens que ça craint, direction Hôtel de police. Une fois là-bas, les flics m’emmènent dans une salle de sport. Et là, l’un d’entre eux me renversent violemment sur sol le et me donne des coups de pied dans le dos.
« Relèves-toi p’tite bite ! On va te montrer ce que c’est qu’un homme. »
Une fois relevé, il m’assène un coup de poing dans la mâchoire. Un autre me repousse au sol en me donnant quatre ou cinq coups de pied sur le crâne. Un autre encore se propose de me finir, quand un autre arrive enfin pour calmer le jeu :
« Arrêtes, ça suffit, laisses-le. »
Alors, ils m’emmènent dans une salle d’attente, puis dans un bureau pour me questionner :
« Nom et prénom p’tite bite ! Tu sais que tu cours comme un lapin. Tu dois aussi baiser comme un lapin, enculé ! Vous les jeunes n’êtes bons qu’à faire du djembé. »
Ils commencent à écrire un dossier, genre témoignage contre moi. J’entends vaguement quelques bribes de leurs messes-basses :
« Jets de canettes, il s’est fait ça en tombant »...
Après ce court interrogatoire, ils m’enlèvent enfin les menottes et me redescendent dans la salle d’attente, reviennent me chercher pour me fouiller, me mettre à poil. Vers 3H30, je croupis en cellule.
Le matin, on m’emmène faire ma déposition dans un bureau.
« Connais-tu les gens de cette soirée ? » me demande un policier.
« Non monsieur, je suis venu tout seul. »
Vers 16h, je fus enfin libéré en ayant laissé mes empruntes, ma photo et signé ma déposition sans l’avoir lu, mort de fatigue, de stress et de douleur. Comble de l’ironie, je serai convoqué au tribunal de Montpellier pour « outrage sur agent »...

Montpellier labellisée ville anti-bruit...

« Cette soirée » avait commencé place du Peyrou où nous étions quelques dizaines à discuter, jouer de la musique et boire quelques canettes. Au bout de quelques minutes de regroupement, des policiers municipaux et nationaux arrivèrent matraque en main pour nous dégager, en invoquant que nous ne respections pas l’arrêté anti-bruit de Mandroux, la maire socialiste de Montpellier. Beaucoup de gens commençaient alors à s’énerver de ces nettoyeurs de rue, briseurs de vie. Les jets de bouteilles commençaient alors à fuser. En allant vers un groupe pour tenter de calmer les esprits, je vis une femme se faire matraquer, puis ce fut le gazage général. Je ne vis plus rien pendant une vingtaine de minutes. Quelqu’un m’aidait à me déplacer. J’entendais des flics insulter des gens, du genre :
« Salle pouffiasse, on va te tabasser ! On va te baiser ! »...
Après l’évacuation du Peyrou, les gens se sont dispersés dans le centre ville. Je m’aperçus que les flics avaient fait fermé toutes les épiceries de nuit et qu’ils travaillaient à l’évacuation de toutes les places du centre ville : matraquage, gazage, insultes, interpellations au commissariat. Nous avons assisté ce soir là à un véritable couvre-feu. Tout cet attirail de sbires sillonna les rues jusqu’à 5h du matin pour chasser les jeunes noctambules. L’année dernière déjà, au mois de mai, les noctambules des places publiques se voyaient infliger des amendes de 11 euros pour consommation d’alcool sur la voie publique, les flics stationnaient toutes les nuits aux abords des places du centre ville (Candolle, Saint-Anne, Saint-Rock, Canourgue, etc.) en interdisant tout rassemblement de plus de trois personnes.
En décembre 2006, déjà, suite à la création du CLSPD (Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) présidé par la maire de Montpellier, en collaboration avec la préfecture, la police municipale et nationale, le département, la région, les ministères de l’éducation nationale et de la justice, les noctambules de la place Candolle, et quelques passants qui eurent le malheur de se trouver à proximité, avaient essuyé moult assauts de cette police unifié : tabassage, gazage, interpellations, destruction d’instruments de musique, condamnations au tribunal, etc. Pendant un mois, on voyait des barricades se lever, des affiches murales et des dessins colorés se dresser sur les murs de l’Ecusson. Malgré toute cette poésie résistante à l’ère du temps, il semble bien qu’aujourd’hui, la place Candolle se soit définitivement perdue dans les louanges du commerce, à l’instar de la place de la Comédie. Pour empêcher les gens de se réunir, la place Candolle est désormais envahie par les chaises et les tables des bars-restaurants pour bobos, trois nouvelles caméras viennent aussi s’ajouter à la centaine que compte déjà le centre-ville pour, paraît-il, la sécurité des biens et des personnes...

Je ne suis pas un cas isolé...

Ce que j’ai subi dans la nuit du 16 mai n’est pas un cas isolé, une exception des exactions policières. Que ce soit dans la rue, en garde à vue, dans les prisons ou les centres de rétention, les passages à tabac sont monnaie courante. Pourtant, peu de victimes en parlent publiquement par peur des représailles, parce qu’elles sont isolées ou complètement terrorisées par ce qu’elles ont vécu, quand d’autres sont assassinées. Entre mille exemples, c’est ce qu’il semble bien s’être passé pour un graffeur de Montpellier, dans la soirée du 27 janvier 2007. Jonathan et ses copains sont aperçus grâce au système de vidéo-surveillance sur des toits proches de la place de la Comédie. La Brigade Anti-Criminalité arrive rapidement sur les lieux et embarque les deux copains de Jonathan en bas d’un immeuble. Ensuite, les flics appelèrent les pompiers et firent appel à leur échelle pour arrêter Jonathan sur les toits. L’échelle mettra 45 minutes à arriver. Les flics ont soif ce soir là, ils ne renoncent pas, car ils savent que Jonathan n’a pas d’issue. Trois policiers et deux pompiers montent alors sur le toit. Et là, le flou commence. Alors que toute l’intervention était jusque là enregistrée par les services de police, la bande son qui concerne ce moment précis est déclarée inexistante par la police... Officiellement, les policiers ont prétendu n’avoir trouvé personne sur le toit. Quant aux pompiers, ils disent ne pas avoir voulu assister à l’arrestation, notamment parce qu’ils estimaient le toit dangereux. Mais depuis quand les pompiers ont-ils le vertige ? Alors que le toit en question était plat et sans danger, selon la famille de la victime. Jonathan restera 10h dans le coma, gisant sur une terrasse, seul. Il sera retrouvé à 13h le dimanche 28 janvier. Il décédera 13 jours plus tard...