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On aura essayé...
Vendredi 30 mai 2008, interview d’une lycéenne d’Alès.

Pour quelles raisons vous êtes-vous mis en grève ?
C’est le projet de loi sur la Dotation Horaire Globale : dans mon lycée, y’aura plus de 300 heures en moins et des postes, c’est-à-dire que toutes les options facultatives : art, théâtre, cinéma, danse… vont être supprimées en seconde.

Quand a débuté le mouvement ?
Ca a commencé juste avant les vacances d’Avril, ça correspondait au moment où la zone C était en vacances et où Paris était en plein mouvement. Puis, y’a eu les vacances et quand on est revenu à la rentrée, le mouvement commençait à s’essouffler. Avant, on avait le soutien des parents d’élèves, on a fait un premier blocus où ils nous ont fourni des tentes mais après, ils nous ont lâché. On a tenté un nouveau blocus qui n’a pas marché car les Terminales s’y sont opposés. Un autre vote a été fait. Pendant les discussions, la majorité des Secondes étaient pour, la moitié des Premières et très peu de Terminales. Mais suite au vote, sur 1029 votants, seules 29 voix étaient pour le blocus. Les décisions se prenaient par vote à bulletin secret.
On a quand même bloqué mais le campement était très précaire, on n’avait plus de tentes et on dormait sous des bâches. Lors de cette occupation, le proviseur a pris la décision d’ouvrir le grand portail pour rendre le blocage plus difficile. Les terminales ont tenté de forcer le barrage pour rentrer, c’est là que ça a dégénéré et qu’il y a eu des trucs plus violents.
Y’a eu une manif à Paris le19, où une poignée de lycéens sont montés mais il fallait être majeur et payer 30 euros alors que pour les profs syndiqués, c’était gratuit.
Ce qui a découragé les éleves, c’est aussi après les vacances, la déclaration du président qui disait que ça servait à rien et qu’il ne changerait pas d’avis. Et y’a eu des articles de journaux où le proviseur disait qu’on était des barbares, qu’on était nihilistes. En plus, les conseils de classe des Secondes ont eu lieu la semaine dernière et cette semaine, ce qui fait que ceux qui étaient majoritairement pour le blocus sont maintenant en vacances.
C’est un peu frustrant de se dire qu’on tente quelque chose et que les parents d’élèves nous lâchent, les Terminales… en plus, y’a des choses qu’ils disent qui sont un peu blessantes, du genre : “je m’en fiche, moi j’ai mon bac à la fin de l’année”. On a beau être en Seconde, ils disent qu’on n’a pas de bac, pas d’examen, donc nous on s’en fout, mais dans ce cas là, nous, on a encore nos options alors on pourrait vraiment s’en foutre.

De toute façon, c’est quand on est jeune qu’on se rebelle le plus, qu’on est contre la société. On pense que c’est pas juste. On devrait être obligé d’accepter parce que “la société est faite comme ça”. On se pose des questions, on se dit que c’est pas normal. Y’aura jamais un mouvement assez énorme pour faire tout ce qu’on a envie de faire. On a essayé à notre échelle mais ça a pas marché, donc ça a découragé pas mal de monde.
Ce qui faisait rire, c’est qu’ils mettaient ce qu’on faisait là en parallèle avec Mai 68, mais finalement, on n’a pas été aussi fort que les étudiants à cette époque là et on s’est ramassé…

C’est complètement fini ?
Hier, ils ont bloqué le rectorat. C’est une minorité qui persiste à penser qu’on peut encore changer les choses mais, comme tout le reste est découragé, ça va pas bien loin.
Je doute que ça reprenne l’année prochaine mais ce serait énorme que les élèves continuent à se rebeller, comme la loi est passée. Les heures sont déjà supprimées pour la rentrée.
On a toujours de l’espoir, on aura essayé et peut-être que l’année prochaine, si y’a encore des motivés, ça pourra aller plus loin.