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Crachons dans la soupe, elle est dégueulasse !

Ce dossier est bien rempli ! Pas étonnant, la précarité, c’est quand même ce que beaucoup vivent au quotidien et qui tend à se généraliser. Enfin, que nous subissons tous... pas vraiment ! Certains n’ont encore pas trop de soucis à se faire pour remplir leurs frigos et ce sont les mêmes qui nous bassinent avec leur soupe politique et leur morale. Pour ceux-ci, il y aurait les bons et les mauvais travailleurs, les bons et les mauvais chômeurs...

Les politiciens et les patrons, relayés par les médias et les institutions, montent tour à tour les travailleurs contre les chômeurs, les travailleurs français contre les immigrés, les fraudeurs contre les gentils précaires, les chômeurs contre les RSAstes... Ils n’en finissent pas de comparer, trier, classer, catégoriser, en clair de découper en tout petits morceaux les exploités.

Diviser pour mieux régner... c’est sûr que ça leur serait bien utile qu’il n’y ait plus aucune solidarité entre chômeurs, travailleurs, RSAstes, bref entre prolétaires.

Si patrons d’entreprises, actionnaires et leurs laquais politicards manient avec adresse la propagande de la division, eux savent se montrer soudés pour nous imposer plus d’exploitation et moins d’aides sociales. Feignant d’oublier qu’au final, les aléas du travail et du chômage ne dépendent pas seulement de nos décisions mais correspondent surtout à une situation économique : en effet, aujourd’hui, sommes-nous vraiment nombreux à travailler ou ne pas travailler par choix ?

L’idéologie de valorisation du travail, qui participerait à l’épanouissement de l’individu et constituerait la base d’une société-saine-dans-la-quelle-il-ferait-bon-vivre, sert aux capitalistes de la même façon : il faut bien convaincre chacun de la nécessité de travailler.

C’est vrai qu’il faut faire un effort pour nous convaincre tant il n’est pas évident que le travail soit une joie et un bonheur chaque jour renouvelé. Salaire de misère, ennui, fatigue, torture, aliénation, sacrifices, voilà ce qu’ils nous proposent et c’est cela la valeur suprême qu’il faudrait conserver ou atteindre !

Mais, c’est pour notre bien et pour le bien de tous... ne soyons pas mauvaises langues ! Cela n’a certainement rien à voir avec leur volonté d’accumuler du profit et donc nous mettre au travail où et quand ils le veulent et nous faire craindre de le perdre !

Ainsi sont montrés du doigt, les chômeurs, les précaires, les RSAstes avec ou sans travail, comme des traîtres à l’économie nationale ; coupables de ne pas chercher, coupables de frauder (Ah ! frauder pour 400 euros quel bonheur, c’est le prix d’un resto pour ces messieurs !), de travailler au noir (le pied !), de se débrouiller par tous les moyens pour survivre (ah, c’est un crime !?)... On nous rebat les oreilles d’un « y’en a marre de l’assistanat », on cherche à nous faire culpabiliser de notre situation. Mais ne serait-ce pas plutôt le fonctionnement de ce système qui nous mène à tout cela ?

Rappelons tout d’abord que le chômage, c’est bien utile, ça met la pression sur les salariés : les patrons peuvent baisser les salaires, augmenter les cadences, virer les récalcitrants... d’autres chômeurs attendent un emploi et ceux qui en ont un ont peur de le perdre et acceptent de voir leurs conditions de travail se détériorer jour après jour !

Mais, au fait, pourquoi des aides sociales, pourquoi tant de générosité envers des parasites comme nous autres ? En premier lieu, cela garantit un certain degré de paix sociale, avec quelques sous pour survivre, les pauvres se révoltent moins. Les chômeurs sont maintenus en état de travailler au cas où, et prêts à s’adapter au travail au noir, comme bouche-trous pour les saisons, le bâtiment ou comme gardiens de mômes et de vieux... un peu de travail au noir est nécessaire au capitalisme. C’est de cette flexibilité dont a besoin ce système. Certains nous parlent de revenu d’existence de la naissance à la mort, qui dans la logique du profit mènerait aussi à une flexibilité totale garantie par l’État. Pour l’obtenir, il faudrait de grosses luttes, ne vaudrait-il pas mieux, quitte à lutter, chercher à renverser leur logique ?

D’un autre côté, avec le développement des fichiers informatiques dans les administrations, chômeurs, RSAstes et autres précaires, on les a tous sur fiche et sous bonne garde. Celui-ci a fait telle démarche, il est dans telle situation, son compte en banque est fourni ou pas... On le garde ? Oui ! Après tout, il peut encore nous servir... il faut tondre la pelouse et repeindre la piscine en violet ! Et puis au moins, il peut acheter des merdes et faire tourner ce système. Il faut bien que les marchandises produites soient vendues pour qu’ils fassent du profit. C’est bien leur problème, d’un côté l’État nous coupe nos allocs, de l’autre les patrons licencient, mais qui va bien pouvoir conti- nuer à consommer ?

Fin 1988, tous les parlementaires de gauche comme de droite votent la loi sur le RMI, pourtant, aujourd’hui, l’État fait machine arrière et nous retire peu à peu les miettes qu’il nous avait lâchées ou les rend plus difficiles à ramasser...

Qu’est ce qui a changé ? Peut être qu’il y a un rapport avec la crise ?

Nos dirigeants ont essayé par différentes politiques économiques de sortir le système de sa crise : politiques keynésiennes de relance, politiques libérales de désengagement de l’État, mais la crise s’accélère depuis 2008 et le retour à la croissance n’est pas pour demain, alors on la fait payer aux pauvres.

Pour maintenir le système, il ne faut surtout pas que le patronat perde une partie de ses profits... ainsi l’État va surtout utiliser ses finances pour le renflouement des banques et des entreprises et les miettes laissées aux pauvres passent au second plan. L’État ne veut plus s’endetter pour contenir les miséreux... ou alors en construisant des prisons. Il préfère se consacrer au sauvetage de l’économie marchande. Dans le même temps, comme justification, on accuse les chômeurs de tous les maux, les radiations se multiplient, on remplace le RMI par le RSA, la lutte anti-fraude s’intensifie, on fait même participer les pauvres au contrôle et à la répression de leurs semblables [1]... on mène une politique d’austérité et on gratte sur les aides sociales. Et puis, on remet tout ça au travail, à moindre coût, bien sûr. On oblige les chômeurs et RSAstes à accepter n’importe quel boulot. Car c’est la raison profonde de la mise en place du travail obligatoire [2] et du RSA comme revenu complémentaire d’un emploi : entretenir la capacité de travail de ceux qui n’en ont pas ou partiellement. L’État garantit le minimum vital aux chômeurs, ainsi les capitalistes peuvent les utiliser quand ils en ont besoin et ne payer que le complément.

Le résultat de cette politique, de l’idéologie dominante (culpabilisation des prolos sans emploi et division des exploités) et de leur logique économique, c’est la dégradation de nos conditions de vie, que nous soyons salariés, chômeurs ou RSAstes. Alors pourquoi s’opposer entre nous ? « Bons et mauvais chômeurs », c’est leur propagande ! Pas la nôtre !

Mais que peut-on faire aujourd’hui ? De bons citoyens nous racontent qu’on peut aller réclamer gentiment à l’État un peu d’aide. N’est-ce pas lui qui nous met dans cette situation ? Il convient plutôt de relever la tête et de combattre ce système qui nous dépossède de nos vies. Ne pas se laisser écraser par le poids des galères qu’on subit et, au quotidien, développer des résistances faces à ceux qui nous exploitent, nous contrôlent, nous répriment. Que chacun s’organise, en collectif, ou de toutes les manières utiles pour contrer leurs politiques du profit et de la misère, c’est la seule façon de passer à l’offensive !

Crachons dans la soupe !

Vous trouverez dans cette rubrique différents récits et quelques éléments d’analyse : le résumé d’une situation locale de tracas administratifs, des tracts du collectif Exploités Énervés, une analyse de la crise...

 

[1] Par exemple, des « équipes pluridisciplinaires » ont été mises en place dans le Gard et dans plusieurs autres départements pilotes. Ces commissions réunissent CAF, Conseil général et RSAstes... afin de suspendre, radier, réduire les allocations d’autres allocataires. Des pauvres jugent d’autres pauvres ! (Voir l’article sur ce sujet.)

[2] Autre mesure pilote, l’État met en place le travail obligatoire pour les RSAstes. Dans quelques départements, pour l’instant, ils obligent les allocataires à bosser 7 heures par semaine pour 140 euros en plus du RSA par mois ! (Voir l’article sur ce sujet.)