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Le fer de lance de la lutte contre ce monde
« Faut-il montrer comment le droit d’héritage engendre tous les privilèges économiques, politiques et sociaux ? Il est évident que la différence des classes ne se maintient que par lui ! Par le droit d’héritage, les différences naturelles aussi bien que les différences passagères de fortune ou de bonheur qui peuvent exister entre les individus et qui devraient disparaître à mesure que les individus disparaissent eux-mêmes, s’éternisent, se pétrifient pour ainsi dire, et, devenant des différences traditionnelles, créent les privilèges de naissance, fondent les classes, et deviennent une source permanente de l’exploitation des millions de travailleurs par des milliers d’hommes heureusement nés. Tant que le droit d’héritage fonctionnera, il ne pourra y avoir égalité économique, sociale et politique dans le monde ; et tant que l’inégalité existera, il y aura oppression et exploitation. » (Bakounine, oeuvres, V, 201, 69)
La nécessité de combattre la propriété privée reste la finalité et le centre de toute révolte contre le capitalisme. Autant nous devons concentrer nos attaques contre le pouvoir social des propriétaires individuels, autant nous devons désigner publiquement la propriété privée en tant qu’institution de domination de tous les rapports sociaux. Pour ceux qui auraient tendance à l’oublier, tous les prolétaires, quelle que soit leur situation subjective, sont la propriété privée collective des capitalistes. D’un même pas, une lutte pour l’accès égalitaire aux ressources vitales implique nécessairement des formes d’actions contre la normalisation sociale de l’appropriation privée. Il faut que la possibilité même de devenir propriétaire soit vécue comme une déchéance au même titre que devenir le jouet de la police. Car il demeure évident que lutter réellement contre les effets négatifs de la privatisation des ressources - comme la pollution des milieux naturels ou la capture du vivant à des fins commerciales-, ne fait qu’engager sur cette voie. La schizophrénie politique n’est plus de mise en cette matière. Ainsi, il n’y a pas lieu de croire religieusement à une transformation communiste, égalitaire de la propriété privée quand la base vitale de toutes les activités est encore assurée par l’argent. Toute activité qui ne peut exister sans le droit de propriété, et quelles que soient ses buts déclarés, ne fait que prouver son entière dépendance matérielle à ce qu’elle prétend combattre. Le centre de toute pratique subversive est de faire de sa propre dépendance au capital un problème social, de politiser les résultats concrets des expérimentations en cours. Au stade qui nous occupe, la question est donc toute politique. Faire de la lutte contre la propriété privée l’objet prioritaire de la subversion en France détermine aussi bien la force de frappe des luttes futures menées contre l’aménagement du territoire, la décabanisation, la privatisation des semences que la possibilité d’un usage commun et égalitaire de la terre et de l’habitat. Sur cette question comme sur beaucoup d’autres, nous n’avons pas à craindre la timidité traditionnelle des gauchistes ni les tergiversations habituelles de tacticiens incapables. Transiger sur la nécessité vitale d’une lutte ouverte contre la propriété c’est perdre sur l’essentiel, c’est finir dans l’égoût alternatif où toutes les intensités se valent. Le reste n’est que poudre aux yeux, chicanes de petits commerçants. Aussi bien, la popularisation massive de l’hypothèse communiste, au-delà du squatt et de la commune, comme de la ligne de partage qu’elle implique, dépend étroitement de l’extention sociale d’une critique politique de la propriété privée dans toutes les sphères de la société et dans toutes les classes sociales.