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Procès de Chambéry

C’est l’histoire banale d’un accident qui ne mériterait pas vraiment qu’on s’y arrête, si l’État n’était pas venu y fourrer son gros nez. Si les polices européennes n’avaient pas fait de l’ultra-gauche l’une des nouvelles menaces terroristes prioritaires. Une histoire tragique qui aurait pu rester entre nous, avec des regrets. Une expérience qui tourne vinaigre.

Dans la nuit du 30 avril au premier mai 2009, à Cognin, près de Chambéry, soufflé-es par l’explosion d’un engin explosif artisanal, Zoé mourait, presque sur le coup, tandis que Mike, grièvement blessé, parvenait à sortir de l’usine abandonnée dans laquelle ils se trouvaient.

La police et les secours débarquent vite sur les lieux, alertés par le voisinage. Mike et le corps de Zoé sont identifiés. Manifestement, l’addition des dossiers de nos deux camarades et de leur implication dans un accident de ce type fait sonner quelques sirènes d’alerte à Paris, à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qui héberge la sous-division antiterroriste (SDAT). Dès le lendemain arrivent donc à Chambéry les fonctionnaires chargés par l’État de lutter contre les menaces à son encontre. Quelques jours plus tard, trois perquisitions sont menées dans trois maisons squattées. Celle où vivait Zoé, un lieu d’habitation pour quatre personnes devant lequel restait en général garé le camion de Mike, ainsi que les Pilos, lieu d’habitation et d’activités proche du centre-ville.

Mike est déjà placé en détention préventive au régime grand blessé à l’UHSI (Unité hospitalière sécuritaire interrégionale) de Lyon. Il y restera deux mois. Puis Raphaël, Joris, William, et N1N1 seront successivement interpellés, dans des conditions variées. Tous, à l’exception de William, passeront un moment en tôle. Respectivement un mois et demi, deux semaines et trois mois. Tous seront ensuite placés sous contrôle judiciaire, sous un régime plus ou moins strict (assignations à résidence chez les parents, interdiction de se rencontrer, de sortir de tel et tel département ou de France, obligation de pointer chez les flics du coin toutes les semaines, etc.).

En 2011, les gros malins du parquet antiterroriste de Paris se déclarent incompétents, tout penauds de n’avoir pu trouver la preuve acca- blante qu’un attentat se préparait dans les cuisines des squats locaux. La fin de l’instruction est alors confiée au tribunal de grande instance de Chambéry, qui accepte la levée de tous les contrôles judiciaires, sauf celui de Mike.

Enfin, une convocation tombe pour le 25 mai, toute la journée, devant un tribunal correctionnel de Chambéry. La cour devra statuer sur la responsabilité de Raphaël, William et Joris, accusés de « destruction ou soustraction des documents ou objets de nature à faciliter la découverte d’un crime en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité, la recherche de preuves ou la condamnation des coupables », tandis que Mike devra répondre des faits de fabrication, transport, détention de substances ou produits explosifs ou d’éléments destinés à composer un engin explosif. [...]

Il nous faut construire les moyens collectifs de s’attaquer à ces dispositifs qui cherchent, au tréfonds de nous, dans un binarisme absurde, soit à nous faire plaider coupable, en faute et en dette face à cette société, prêts à subir le châtiment, soit à nous épuiser à donner des preuves de notre innocence et de notre bonne volonté. Nous parlons contre l’État, sa justice, son économie, la République française, sa prétention stupide à nous gouverner, et à nous figer dans ces identités tièdes et transparentes de citoyens sans histoire ni culture populaire. Nous disons que pendant la crise les travaux doivent continuer de plus belle, que le capitalisme ne s’effondrera pas tout seul, et que nous continuerons de chercher à lui nuire, par les moyens que nous jugerons opportuns, avec celles et ceux qui sont ou seront nos complices.

Ne nous laissons pas enfermer dehors.

Compte-rendu d’audience

Le procès s’est donc tenu le 25 mai dernier. Là aussi, le juge a mis en avant l’appartenance des inculpés à la prétendue « mouvance anarcho-libertaire », mais il n’a pas centré ses questions sur les idées, les liens et les pratiques qui constitueraient cette mouvance, comme l’a fait la juge de Paris.

Pour Mike, le plus chargé de tous, l’enjeu du procès portait sur la question de l’intentionnalité ou non dans l’utilisation de l’explosif ; c’est là-dessus que son avocat a axé la défense.

L’antagonisme et l’hostilité à l’égard de cette société ont été défendus au cours du procès, entre autres à la fin, par la lecture d’une déclaration mettant en avant un certain nombre d’idées.

Dehors, un rassemblement a eu lieu, avec tables de presse, banderoles et slogans.

Le procureur a requis 1 an de prison ferme pour Mike, 6 mois avec sursis et 5 000 euros d’amende pour les autres. Le rendu est prévu pour le 15 juin.