Accueil du siteles bulletinsbulletin n°12 |     Plan du site                                                                 |contact|

L’agroarnaque

Depuis des dizaines d’années, les agriculteurs, poussés par les institutions – ministères, chambres d’agriculture... – s’empoisonnent et empoisonnent les terres, les sources, les cours d’eau pour le plus grand profit des trusts chimiques producteurs de pesticides, engrais, insecticides, fongicides, etc. Si durant les premières décennies de cette industrialisation forcenée la production a passablement augmenté, aujourd’hui elle stagne, la qualité baisse, les exploitations disparaissent au fur et à mesure que les revenus à l’hectare s’effondrent. L’« opinion publique » s’inquiète de la qualité de la nourriture. Les associations environnementales font pression sur les politiques pour un contrôle accru. Les agriculteurs, dépossédés du contrôle de leur production par les coopératives, elles-mêmes sous contrôle des firmes, n’ont que très peu de marge de manœuvre ; les cahiers des charges mis en place leur imposent de plus en plus de traitements obligatoires, dangereux et coûteux.

La reconversion en bio ? Elle est également coûteuse et non moins industrialisée. La diversification des produits (pas forcément exempts de nocivité) ouvre un nouveau marché pour les trusts phytosanitaires. La labellisation permet de vendre plus cher à une clientèle aisée soucieuse de « mieux manger ».

Comme à l’acoutumée, la société capitaliste, face à ses contradictions, fait une pirouette et nous ressort le coup du miroir aux alouettes avec la création d’un nouveau concept, en l’occurrence : le « développement durable ». Il s’agit bien évidemment de protéger la durabilité des profits tout en enfumant producteurs et consommateurs à coup de novlangue et de réglementation toujours plus contraignantes et coûteuses pour les agriculteurs.

Le dernier avatar de cette politique, mis en place en 2010, se nomme Certiphyto. Il s’agit d’une formation obligatoire sur les normes d’utilisation et de stockage des produits phytosanitaires, ainsi que sur le contrôle régulier du matériel utilisé par un « organisme d’inspection agréé ». Il faut savoir qu’en la matière, et je cite le livret d’apprentissage : « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit ». A l’issue de cette formation et de l’examen qui la sanctionne, l’agriculteur est bien obligé, pour se mettre aux normes, d’acheter le matériel adéquat : tracteur adapté, pulvérisateur aux normes et régulièrement contrôlé, salle de stockage équipée et protégée, protection individuelle pour les travailleurs, etc. Bien évidemment, une grosse partie de ce matériel est vendue par les trusts phytosanitaires eux-mêmes ou par les fabricants de matériels agricoles. Bingo ! Et re-bingo ! Pour les capitalistes – faillites et cancers en cascades pour les « ploucs », qui de plus ne peuvent plus se retrancher derrière leur « ignorance » en cas de problème. Bref : « tu as pollué la source du village », « tu es tombé gravement malade », c’est de ta faute ! Tu es informé, formé, responsable, y compris bien sûr devant un tribunal. Bayer, Monsanto et consorts se tapent sur le ventre en rigolant... Ah, au fait, pour la cerise sur le gâteau : qui finance donc ce Certiphyto ? Réponse : le réseau des CFA et CFPPA, le ministère de l’Agriculture, le Fonds européen pour le développement rural, le Fonds social européen... Rien d’étonnant, c’est donc avec de l’argent public que les trusts phytosanitaires engrangent un maximum de bénéfices en empoisonnant la planète et ses habitants. Ce n’est ici qu’un des moyens utilisé par l’Etat pour stimuler l’économie.