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Oublier Fukushima - Textes et documents
Arkadi Filine, Les éditions du bout de la nuit

Traiter de catastrophes comme celles de Tchernobyl ou de Fukushima comporte le risque de relativiser ce qu’est le nucléaire dans la banalité de son quotidien, dans un pays nucléarisé comme la France. Passer à la loupe le cynisme des industriels et des dirigeants en période de crise, décrire l’étendue du désastre sanitaire et humain, l’horreur de ce que signifie survivre en territoire contaminé à des doses incroyables, « 100 fois, 1000 fois pire », pourrait nous faire accepter sans broncher ce que nous vivons ici. Le livre Oublier Fukushima évite cet écueil et montre les points communs, les logiques inépuisables valables ici et là-bas : le « mépris de l’Etat, les rapports sociaux aliénés, l’exploitation des travailleurs sacrifiés, la médicalisation rampante de la vie, l’économie toujours conquérante... ».

Oublier Fukushima revient sur cette dernière année de crise nucléaire au Japon. Il décortique les « stades » de l’agenda de résolution de la catastrophe, et nous les présente avec un œil critique. Le regard de ceux qui l’ont directement vécue, et qui la vivent quotidiennement : habitants de la région contaminée de Fukushima (auto-évacués ou contraints de survivre sur place), liquidateurs de Tchernobyl, travailleurs du nucléaire en France... A travers ces récits, on découvre le fossé entre la communication médiatique et ce qui se joue réellement sur place. En confrontant les déclarations officielles et les témoignages, on découvre que la catastrophe à été le théâtre spectaculaire d’une pièce en 5 actes.

La grande mise en scène du premier acte, la catastrophe, a été le festival de la désinformation, l’expérience de Tchernobyl ayant prouvé que mieux vaut une pseudo transparence bien maîtrisée que le black-out et ses scandales. Des experts de toutes sortes, avec leurs chiffres et leurs simulations sophistiquées, se sont alors chargés de bien nous faire comprendre que tout est « sous contrôle », et que si catastrophe il y a, elle est d’origine « naturelle » (séisme, tsunami, etc. Vous avez dit nucléaire ?)

Acte deux et trois : liquidation et évacuation. La décontamination est en cours, entendez comment faire disparaître des unes des journaux ces piscines qui fuient et ces réacteurs en fusion. On en est d’ailleurs déjà au confinement : enterrer la centrale et détourner les yeux. S’il reste quelques taches radioactives de ci de là, pas de panique, l’évacuation est en cours. De « zone d’exclusion » en « zone d’incitation au départ » à géométrie chaque jour variable, l’État japonais fait preuve de discernement et ne cède pas à la panique : il prend le temps de calculer, non pas l’étendue de la pollu- tion, mais plutôt l’extraordinaire coût de l’évacuation nécessaire de centaines de milliers d’habitants. Confinement donc, pour la centrale comme pour les habitants, désormais traités comme des déchets de la catastrophe.

Quatrième et cinquième acte : réhabiliter et banaliser. Place aux gros sous ! Le rideau se referme sur la catastrophe et peut enfin s’ouvrir sur des territoires et des marchés vierges. Recyclage et valorisation, les grand travaux peuvent commencer. On adapte les réglementations pour écouler la production agricole, on encourage le tourisme en territoire contaminé (prix des billets en baisse, campagne de pub pour la « beauté de la région ») et on se frotte les mains sur les profits à venir grâce aux gigantesques travaux de « décontamination » à effectuer : nettoyage au karcher, curetage, pelletage, transport puis incinération ou enfouissement. Si ces travaux n’ont pour effet que de disperser les pollutions, ils ont au moins l’intérêt de fournir la matière première à l’industrie du recyclage, et au passage finir de faire oublier la catastrophe.

Les nucléocrates du monde entier vont une fois de plus profiter du « retour d’expérience » et développer un peu plus le marché de la « culture du risque » : études grandeur nature sur des millions d’irradiés, nouvelles procédures de sécurité, plans d’urgences, simulations et « stress-test » autour des centrales comme on l’a vu en Europe dans la foulée de Fukushima, gadgets high-tech pour vivre en territoire contaminé...

Et malgré les accidents à répétition (Penly, Marcoule, Fessenheim, etc), malgré les cœurs des ex-réacteurs toujours en fusion à Fukushima, l’industrie nucléaire a de beaux jours devant elle, avec entre autres la construction prévue de plusieurs centaines de réacteurs à travers le monde dans les années à venir. Circulez, y’a rien à voir !

Le livre est distribué en librairie, il est aussi téléchargeable en PDF « dans le brouillard du web », selon les mots des auteurs... On a eu beau chercher, point de PDF, mais dès qu’on mettra la main dessus, vous pourrez le trouver sur le site du bulletin. De nombreux textes du livres sont tirés du Blog de Fukushima

Contact : leseditionsduboutdelaville-at-yahoo.fr