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Mauvaise blague...

Mauvaise blague... Où ce qui est permis par la loi est interdit, dans les faits, par l’idéologie dominante.

La loi permettant à chacun-e d’accéder à la vasectomie ou à la ligature des trompes, sans autre motivation que de ne pas vouloir d’enfant, en est un exemple récent. Théoriquement, elle permettrait de vivre et de disposer de son corps comme nous l’entendons. Pratiquement, nous sommes taxé-es de « castrés » ou de « salopes », c’est-à-dire d’hommes fuyant leur fonction d’étalon et de femmes refusant leur rôle de matrice.

Le témoignage qui suit est l’exemple type de l’incohérence entre le droit et la morale. Se posent ainsi de multiples questions sur la domination patriarcale telle qu’elle existe dans le capitalisme, ainsi de la famille, du virilisme, du machisme, de la domination masculine en général, du choix de faire des enfants, de la place que ces derniers ont dans la société...

Morale, religion ? Certainement, mais dans une réalité régentée par la marchandise. Le capitalisme ne peut admettre que ses « bonnes reproductrices », comprendre ici les jeunes femmes en bonne santé, arrêtent de faire des enfants.

Pour que le système perdure, le prolétariat doit se reproduire (ce rôle est dévolu aux femmes) et reproduire sa propre domination. Il se doit de générer de nouvelles générations d’exploités, comme de répéter à travers la famille les principes de la domination, des hiérarchies...

Tout un chacun n’est qu’une marchandise à qui les lois donnent l’illusion d’être humain. Nos corps, notre sexualité, nos estomacs ne peuvent subsister qu’en se prostituant (salariat, maternité, paternité...). Pour le capital, il est impensable que notre corps nous appartienne de fait : nous devons le payer, le racheter.

Les institutions (ici le comité d’éthique) n’ont d’autres fonctions que de pérenniser les dominations. Illustration par les faits :

J’ai 32 ans et je ne veux pas d’enfant. J’en suis sûre, si je regrette j’y penserai quelques jours, mais je ne pourrai rien y faire, alors je ferai autre chose. C’est exactement ce que je veux, je veux faire autre chose, je ne veux pas d’enfant.

Depuis quatre ans j’arpente le pays de gynéco en gynéco, avec la brochure « stérilisation à visée contraceptive » à la main. Cette brochure est publiée (mais presque pas diffusée) par l’État depuis la loi n°2001-588 du 4 juillet 2001, date de la prétendue autorisation pour toute personne majeure de faire une « stérilisation à visée contraceptive ».

Je ne veux pas de contraception, je ne veux pas être une machine à pro- duire des enfants, il existe des moyens pour arrêter cette fonction, je veux une stérilisation.

Il y a quatre mois de ça, un chirurgien gynécologue de l’hôpital Arnaud-de-Villeneuve à Montpellier a accepté de me faire cette opération. J’ai suivi tout le protocole, quatre mois de délai de réflexion, un nouveau rendez-vous, la date d’opération est fixée. Je m’y prépare, je suis contente. 48 heures avant l’opération, coup de fil du chirurgien, l’opération est annulée, ordre de sa hiérarchie. Son service s’occupe de la « fécondité de la femme ». Il n’y a pas, même au niveau national, de service pour la stérilisation des femmes et c’est bien ça le problème. Enfin, il y a plusieurs problèmes.

Un des problèmes c’est de ne pas avoir le contrôle sur son corps, le tout-pouvoir que s’octroie le corps médical sur le corps des femmes, en particulier, mais finalement, le corps de tout le monde. L’aide demandée à l’hôpital dans ce cas était purement technique. Le choix je l’ai déjà fait, la décision je l’ai déjà prise.

L’hôpital, la hiérarchie du chirurgien décide de donner son avis, comme des dizaines d’autres gynécologues. Pourtant, des femmes stérilisées en France sous décision ou pressions du corps médical, il y en a beaucoup : après quatre enfants et (d’origines) non-françaises, folles, transgenres, handicapées, toxicomanes... Elles n’ont pas décidé.

Des copains se sont faits stériliser, ils ont cherché, parfois longtemps, puis ils ont trouvé, aujourd’hui, ils sont stérilisés.

Alors que faut-il comprendre ? Le corps médical (et l’État) croit-il que les femmes sont d’éternelles mineures qui ne savent pas ce qu’elles veulent ?

La médecine qui aime toujours utiliser les corps des femmes comme point de départ pour le contrôle des populations, aurait-elle maintenant scientifiquement prouvé que les femmes ne peuvent pas vivre sans enfant ? Qu’il y a de bons modes de vies ?

Le choix de stérilisation pour des femmes en âge de procréer et sans enfant n’existe pas puisque, même s’il est possible légalement, le corps médical use de son pouvoir supra-légal (droit de réserve, code de déontologie) pour empêcher les femmes d’accéder aux techniques de stérilisation.

La société en général ne laisse de place à personne, et encore moins aux femmes, pour se construire des imaginaires et des vies sans enfant (« il ne faut pas se fermer de portes, vous risquez de le regretter, qui vous dit qu’un jour vous n’allez pas rencontrer le prince charmant et avoir envie de lui faire des enfants... »).

Alors même si les médias se font les vecteurs d’une prétendue liberté sexuelle occidentale, de prétendus droits des femmes à disposer de leurs corps et de leurs vies. Les marges de manœuvre sont faibles et les garde-fous sont hauts.

Est-ce que les couples réfléchissent quatre mois avant de faire des enfants et ne le regrettent jamais ? Est-ce que la hiérarchie de cet hôpital mettrait autant de fougue à inséminer des couples de lesbiennes ? Est-ce que l’hôpital reconnaîtrait la multi-paternité d’un enfant ? Qu’en est-il des jeunes filles mineures qui font/veulent des enfants ? Qu’en est-il des femmes qui demandent une insémination après 40 ans ? Qu’en est-il des familles qui sont décomposées, recomposées et/ou bizarrement composées ?

...la blague n’est pas drôle.
Vos normes sont trop étroites pour imaginer nos réalités.