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Ennahdha

Dès 1981, à peine créé, Ennahdha (alors Mouvement de la tendance islamique) a renoncé à l’action clan- destine, souhaitant se faire reconnaître comme parti légal par le régime (il n’obtint jamais de visa du ministère de l’Intérieur). Lorsqu’il prît le pouvoir en 1987, Ben Ali annonça la démocratie, la réconciliation nationale et des élections libres. La libéralisation du régime en marche, 5 000 détenus islamistes furent sortis des geôles de Bourguiba et l’on demanda au MTI d’abandonner sa référence reli- gieuse pour participer aux élections, l’islam étant le « bien commun des Tunisiens. Sous la houlette de son chef » Rached Ghannouchi, le MTI se transforma dès 1988 en mou- vement politique de la « Renaissance », Ennahdha. Certain de la popularité de ses idées dans l’opinion, son leader était décidé à faire d’Ennahdha un parti politique à part entière, et misait sur l’action politique légale et non-violente. Le parti fut encadré par une fraction de la classe moyenne enseignante et fonctionnaire, gage de modération et de sérieux, bien loin des agitations bruyantes qui avaient régné sur les campus et avaient empoisonné la fin du règne de Bourguiba. Ennahdha se présentait comme une organisation de masse moderne, rationnelle, efficace, empruntant des modèles d’organisation et de formation des cadres aux partis politiques européens et au manage- ment en entreprise. Cette pratique du compromis n’a pas été véritablement récompensée puisque dès l990 les islamistes tunisiens furent brutalement réprimés et interdits de toute activité politique sur le territoire. Victimes eux aussi de la répression, les partis d’opposition (laïcs et gauche démocratique) s’ouvrirent petit à petit au dialogue avec les islamistes en exil.

Depuis la chute de Ben Ali, Ennahdha refuse d’appuyer les revendications sociopolitiques radicales d’une partie de la jeunesse désœuvrée, et ses dirigeants restent silencieux sur un certain nombre de dossiers cruciaux. Apparaissant comme un « parti de l’ordre », Ennahdha véhicule un discours ras- surant auprès de la population, et cherche à se forger une image de parti libéral-conservateur auprès de ses électeurs. En dépit de son opposition apparente, Ennahdha a toujours été favorable à une économie de marché, défendant la pro- priété privée, l’accélération des programmes de privatisation des entreprises publiques, la promulgation de codes d’in- vestissements très ouverts aux capitaux étrangers et d’une finance islamique [1].

Il est difficile de savoir ce que va devenir cette organisa- tion. Légalisé début mars 2011, le parti Ennahdha, bénéficie de la sensibilité islamiste au sein de la population : le discours religieux, moral ou moralisateur, se nourrit de la dénoncia- tion de la corruption et des comportements économiques mafieux, et est entretenu par les grands médias du Golfe (Al Jazeera, entre autres). Ennahdha n’a joué aucun rôle pendant le soulèvement et ne recevait d’après les sondages que 1,5% des intentions de vote en février 2011. Sa victoire élector- ale de l’automne 2011 a validé une stratégie qui demeure incertaine quant à son devenir. Nicolas Beau, spécialiste de la Tunisie, la résumait ainsi : «  [Les islamistes] entrent passivement à l’UGTT, seule force connue et reconnue dans le pays réel ; ils créent de multiples partis qui sont autant de vit- rines pour avancer masqués. Ils investissent le champ social, notamment dans le sud du pays. D’autre part l’Arabie Saoudite protège d’une main l’ancien dictateur, réfugié à Djedda, et de l’autre aide financièrement Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahdha. » La continuité du pouvoir par Ennahdha suscite déjà la colère d’une partie de la population : en avril 2012, de nombreuses manifestations et blocages d’usines ont à nouveau agité le bassin minier de Gafsa... les résultats du concours de recrutement à la CPG seraient toujours truqués, au bénéfice des sympathisants d’Ennahdha...

 

[1] Il a même été question d’intégrer à leur programme la création d’un « FMI islamique » (le Fonds monétaire islamique).