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La Tunisie en quelques villes

Les villes présentées sommairement ici appartiennent à une zone géographique (Sud et Ouest) considérée comme « oubliée des politiques de développement ». Au contraire, les régions riches et urbanisées de la côte, articulées autour de l’axe Tunis-Sfax, ont bénéficié de l’essentiel des investissements en infrastructures. La première zone, dite « marginalisée », recèle l’essentiel des res- sources ; la seconde, privilégiée, abrite les centres de pouvoir (pôles artistiques et culturels y compris).

Gafsa (115 000 habitants) [1], s’est développée suite à la découverte en 1886 d’un des plus gros gisement de phosphates du monde. La région, dont l’unique ressource est l’exploitation minière des phosphates (cinquième producteur mondial), a été touchée par la mécanisation et la rationalisation du tra- vail qui ont réduit de 75 % les effectifs de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG, entreprise d’État qui recrute sur concours). C’est la falsification, en janvier 2008, des résultats d’un concours de recrutement pour la CPG et les suppressions massives d’emplois qui ont mis le feu aux poudres. Durant le premier semestre 2008, les grèves de Gafsa mobilisent une grande partie de la population, durement frappée par le chô- mage et la pauvreté. La contestation dure 6 mois et secoue tout le bassin, avec de nombreuses morts, des arrestations ou des actes de torture liées à la répression du régime Ben Ali. La région est au cœur de la « révolution de 2011 ».

Gabès (116 323 habitants), abrite une activité écono- mique diversifiée, notamment un gros secteur industriel spécialisé dans l’industrie chimique avec la présence d’un important complexe industriel de trai- tement des phosphates tunisiens. Située dans une zone industrialo-portuaire, elle est le quatrième port de commerce du pays en termes de trafic et de chiffre d’affaires. Elle abrite aussi une infrastructure d’exploitation pétrolière off-shore et pétrochimique.

Kasserine (76 243 habitants), dont l’agriculture est la principale activité économique, abrite aussi une industrie régionale basée essentiellement sur l’exploitation et la trans- formation de matières premières abondantes (19 unités de confection sous-traitantes du groupe Benetton). De 1952 à 1954, la lutte des fellagas [2] participe à précipiter la fin du protectorat français. En 1984, la ville s’inscrit dans le soulèvement des « émeutes du pain ». Lors des révoltes de 2011, plus d’une cinquantaine de personne sont tuées par les forces de l’ordre. Cette persistance du lien historique avec les luttes passées s’explique aussi par le fait que le sentiment d’ap- partenance tribale n’a pas complètement disparu ; le rapport au territoire y est très éloigné de l’idée d’appartenance à un pays ou à une nation.

Thala (13 968 habitants), centre administratif, polarise un espace d’agriculture de subsistance et d’élevage. Sa campagne environnante abrite les plus vastes plantations de figuiers de Barbarie du pays. La ville est le lieu d’importantes manifestations dans le contexte des révoltes tunisiennes en décembre 2010 et janvier 2011. Le 3 janvier, environ 250 personnes, pour la plupart des étudiants, défilent en soutien aux manifestants de Sidi Bouzid mais sont dispersées par la police. En réponse, elles auraient mis le feu à des pneus et attaqué le bureau du RCD, le parti au pouvoir. La répression menée par les forces de l’ordre contre une nouvelle manifestation est à l’origine d’au moins quatre morts et six blessés dans la nuit du 8 au 9 janvier ; l’armée est alors déployée sur place. Le 12 janvier, les policiers quittent la ville et les habitants s’organisent pour garantir la sécurité et gérer la ville après le départ du maire.

 

[1] les nombres d’habitants rapportés dans cet encadré correspondent aux recensements de 2004.

[2] fellaga : en arabe, littéralement « pourfendeur » ou « casseur de tête », ce terme est utilisé pour désigner un combattant tunisien (1952-1956) ou algérien (1954-1962) entré en lutte pour l’indépendance de son pays alors sous domination française.