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De la question du travail et du chômage

Le problème n’est pas tant d’avoir du travail que d’avoir de l’argent. On crève autant de l’obsession de l’argent qui est dans notre tête que du manque d’argent dans nos poches.

La misère ne se traduit pas par la difficulté ou l’impossibilité de consommer, mais par le fait que nous n’avons d’autres choix que consommer  ; d’autres choix que de courir après l’argent pour satisfaire nos besoins  ; d’autres choix que passer sa vie dans la contrainte à la gagner  ; organiser sa vie autour de l’argent, sans lequel rien de grand, de beau, d’agréable n’est reconnu. Un monde dans lequel l’imagination et l’affectif dépendent du rapport à l’argent, voilà la misère réelle dont tout le reste n’est que conséquence. Identifier la misère au chômage et au manque d’argent que cette situation provoque, est un non-sens. Ce n’est pas que les choses coûtent cher, qui est cause de la misère, mais qu’elles aient un coût  ; et ce coût nous oblige à travailler. On ne travaille pas pour créer un monde passionnant, ni construire la mémoire de tout un peuple, et moins encore pour réaliser notre humanité, mais pour payer sa vie.

Le travail réduit la vie à un contrat. Mais, la vie n’est pas un contrat  ; elle est une donnée. La vie manifeste une richesse infinie que le travail pille, réduit, détruit. Le travail n’est pas source de richesse, mais cause de misère. Avec le travail apparaît la concurrence entres les hommes et l’appropriation des richesses par un petit groupe d’exploitants. Le travail provoque la confiscation au plus grand nombre des décisions sur leur propre vie. Le travail n’est pas une contrainte qui limite la liberté  ; il est la privation de la liberté. Avec le travail, le sens de la responsabilité dépend d’un contrat, et non de sa propre conscience. La conscience professionnelle n’est qu’une fausse conscience qui sert à justifier le travail, et non à faire preuve d’un sens des responsabilités. La conscience professionnelle s’exerce sous une responsabilité étroite qui dépend des conditions du travail, et non de la conscience de la vie. Le travail n’est pas le contraire de la paresse, mais sa condition. Et seul peut jouir de la paresse celui qui en a les moyens, autrement dit, celui qui exerce un pouvoir de décision sur ceux qui travaillent, non celui qui est privé de travail. Le chômage n’est pas une condition à la paresse, mais une condition d’absence, de vide, d’oubli. Le chômage n’est pas le contraire du travail, mais sa forme inactive, c’est pourquoi le chômage est source d’angoisse et non de bien-être. Les liens que tisse le travail ne sont qu’accessoires. Lorsque l’individu perd son emploi, ses liens s’effondrent. Dans le chômage, l’individu ne se retrouve pas, il est brisé. Le travail est un rapport violent à la vie que le chômage ne fait qu’aggraver. Il y a du chômage parce qu’il y a du travail.

En ces quelques lignes, je ne prétends pas en finir avec le travail et son monde, mais à ouvrir le débat sur cette situation, parce que parler des problèmes, c’est chercher les conditions de leurs résolutions dans la réalité.

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