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Iboucs & technomoutons

Depuis juillet 2010, un règlement européen impose d’équiper tous les moutons et les chèvres  [1] d’une boucle d’oreille contenant une puce électronique (RFID), qui permet d’identifier chaque bête à distance. Cette façon d’identifier les animaux est une manière d’informatiser le travail. Au nom de la modernisation, les éleveurs sont contraints d’investir dans des équipements coûteux et ingrats, qui tendent à industrialiser l’élevage. Peu à peu, le berger s’éloigne de ses bêtes et son travail perd son sens.

L’Europe, le ministère de l’agriculture et la filière industrielle justifient l’obligation du puçage par une amélioration de la traçabilité. Dans le discours ambiant, tout a été fait pour que l’on associe spontanément le terme de traçabilité avec «  qualité  », «  travail bien fait  », «  produit local  ». En réalité, la constitution de gigantesques banques de données pour recenser les animaux d’élevage ne garantit rien. Celles-ci ne changent absolument rien aux causes des crises sanitaires et à la mauvaise qualité des produits, qui découlent inéluctablement de la taille des exploitations, des logiques productivistes et des circuits d’échanges mondiaux. Au contraire, le suivi informatique renforce la chaîne industrielle en la rendant plus fluide et plus réactive, tout en redorant son blason auprès de consommateurs avides de «  transparence  ».

Alors que l’on ne cesse de mobiliser les foules pour «  sauver la planète  » et «  préserver l’environnement  », que l’on entraîne les enfants dès la maternelle aux « éco-gestes quotidiens  », le fait est qu’on n’a jamais autant produit et utilisé de gadgets électroniques qu’aujourd’hui. Essayons d’imaginer l’impact écologique de ces milliards de puces dont on a prévu d’équiper chaque animal du territoire  ? Quel sens peut-il y avoir à élever des agneaux bio équipés de micro-processeurs  ? [2]

Un troupeau équipé de puces électroniques, c’est un troupeau qui sera géré par ordinateur. Or on ne devient pas berger ou éleveur pour travailler derrière un écran, ni pour suivre les procédures standard concoctées par de prétendus experts. Du moins, si l’on pense qu’un élevage, ce n’est pas une usine à viande destinée à produire toujours plus et plus vite.

Ce problème ne concerne pas uniquement les éleveurs  : un peu partout, on automatise pour gérer la masse au détriment du soin et de l’attention. On retrouve cette tendance dans toutes sortes de secteurs  : l’école, l’entreprise, l’hôpital...  [3] Dans des maternités, on équipe les nouveaux-nés de bracelets électroniques dotés de ces mêmes puces  ; dans certains établissements scolaires, les élèves munis de leur carte sans contact sont bippés à l’entrée et à la sortie – le logiciel de «  vie scolaire  » envoyant automatiquement des alertes aux parents par sms.

De ces innovations, qui visent à «  faire moderne  » et à réaliser des gains de productivité, les activités sortent appauvries, dénaturées. Et ceux qui les exercent sont plus étroitement contrôlés, leurs compétences dénigrées. Jusqu’au jour où l’on se retrouve à dire au client / à l’élève / à l’administré / au patient / à la brebis (rayez la mention inutile)  : «  je suis désolé, mais l’ordinateur ne veut pas  ». A cela, nous répondons  : «  je suis désolé, mais je ne veux pas l’ordinateur  ». Car rien ne justifie d’obliger les éleveurs à transformer leurs bêtes en périphériques – à quand une nouvelle race avec port USB intégré  ?

Nous pensons donc qu’il faut combattre l’informatisation des activités humaines  ; refuser de se laisser enfermer par des procédures et des contrôles tatillons qui, dans le quotidien du travail, font dépérir l’imagination et l’esprit d’initiative, et frustrent notre sens de la justice [sic]  ; et qu’il faut résister à la prolifération de l’électronique dans nos vies quotidiennes. En commençant par les puces RFID – que ce soit sur les animaux d’élevage ou domestiques, les cartes de transport et de bibliothèque, les passeports et les cartes d’identité, les marchandises, etc.

Extrait du bulletin «  Les moutons rêvent-ils de robots électroniques  ?  »

 

[1] Le puçage est également obligatoire depuis 2008 pour les chevaux, à partir de juillet 2011 pour les animaux domestiques pour passer les frontières, et bientôt également pour les bovins. (Note du BCIC.)

[2] Il s’agit en fait d’une puce. Les dispositifs actuellement implantés sur les animaux ne disposent pas d’unité de calcul, seulement d’un stockage de données et d’une antenne pour les communiquer. Cette technologie ne possède pas d’alimentation interne, elle reçoit l’énergie nécessaire à la transmission des informations qu’elle contient par son antenne. (Note du BCIC.)

[3] Qui sont, déjà, en elles-mêmes, des entreprises d’aliénation et de dépossession. (Note du BCIC.)