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Le quadrillage numérique des vallées cévenoles suit son cours

Tout semblait parfaitement planifié pour réduire la «  fracture numérique  » dont souffrirait les Cévennes (lire «  Du quadrillage numérique en Lozère  », Bulletin de contre-info en Cévennes n°8). La plus grande partie des raccordements à l’Internet se fait en filaire (ADSL par les fils téléphoniques). Pour les «  zones d’ombre  », de nouvelles installations sont construites (273 «  armoires NRA / ZO  » sont installées). Et pour le reste, les solutions Wimax (ondes hertziennes) et par satellite sont préconisées. à terme, c’est la couverture totale du territoire qui est envisagée, avec, comme perspective, l’arrivée progressive du très haut débit (fibre optique).
C’était sans compter sur l’engouement du Pays Cévennes (regroupement de communes lozériennes et gardoises autour d’Alès, présidé par Max Roustan). Soucieux d’accélérer le processus, il a claqué la porte du «  Plan régional de déploiement haut-débit  ». Séduit par l’opérateur Escot-Meshnet, il a pris la décision de développer massivement la solution hertzienne. Cette solution nécessite l’installation d’antennes-relais (dans 88 communes sur les 117 de son territoire).
Tous peuvent désormais tomber en pâmoison devant ces magnifiques mâts de 18 mètres, symboles de la «  pénétration  » des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans les vallées cévenoles. Le village de Saint-Paul-la-Coste, baptisé pour l’occasion «  commune expérimentale  », a vu s’ériger un de ces pylônes, accompagné de ses trois relais Wimax.
Mais voilà qu’un troisième larron, inquiet de ne pas trouver sa place dans la normalisation du territoire, entre en scène et conteste. À grand coup de pétitions et d’«  information citoyenne  », des «  lanceurs d’alerte  », des «  vigies citoyennes  », des écologistes (de partis ou d’associations), dénoncent l’empressement du Pays Cévennes. Ils appellent à sa réintégration dans le Plan régional. Leur leitmotiv  : «  Oui, il faut une téléphonie qui fonctionne sur notre territoire et avoir un accès égalitaire aux nouvelles technologies de l’information. Mais pas au prix d’une technologie au rabais et au prix de la santé publique  » (association Robin des toits – repris par le parti Re-localisons). Leur but n’est pas de remettre en cause la technologie où l’idéologie du Progrès, mais bien au contraire de participer à son essor et à sa gestion.
D’un côté, ils enragent de voir s’éloigner l’horizon de la fibre optique, et ils rivalisent de scientisme pour démontrer que le «  Plan régional  » est bien plus «  performant et évolutif  », moins «  archaïque  ». Ils ne peuvent accepter de ne pas être à la pointe, d’avoir de plus petits bits.
D’un autre côté, ne voulant pas supporter les nuisances de technologies qu’ils veulent à tout prix consommer, et faire consommer, ils imaginent «  moins-pire  »  : des téléphones portables avec oreillette intégrée, des nouveaux forfaits «  uniquement SMS  », l’interdiction du port de téléphones portables par les enfants dans les écoles (propositions formulées lors du Grenelle des ondes, en mars 2011). Dans cette frénésie technicienne, tout est bon à prendre  ! Les nuisances, ils ne veulent pas les supprimer, mais les déplacer chez les autres, allant jusqu’à célébrer le lancement, au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, d’un satellite dédié à l’Internet (Ka-Sat) en décembre 2010.

Alors que tout ce beau monde nous aménage des Cévennes branchées, le Midi Libre du 4 mars 2011 rapporte que  : «  L’ADSL à été vandalisé à Saint-Paul-la-Coste [...]. Les deux panneaux photovoltaïques ont été volés ainsi que le GPS. Mais, dans l’armoire des réseaux, les fils ont été arrachés et «  cisaillés à la hache  », provoquant l’interruption de l’ADSL sur la commune [...]. Le 5 novembre, le poteau avait déjà été arraché [...].  »
à Mende, le 29 novembre 2010, la coupure malveillante d’une fibre optique avait privé d’Internet 10 500 abonnés lozériens chez Orange.

L’ombre de la fracture numérique rôde toujours...