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L’empire nous attaque, épisode 2  : offensive à Babylone
Un peu d’agitation autour de la loi LOPPSI2. En quelques endroits, des individus se retrouvent et discutent du pourquoi, du comment, cherchant des moyens de contre‑offensive, puisqu’il s’agit bien d’une offensive de plus dans le cadre de la guerre sociale en cours qui reste, pour certains, impalpable voire irréelle. Cette guerre perfide que mène tous azimuts l’État contre les pauvres est une guerre sociale qui ne dit jamais son nom, une guerre de classe masquée d’actions sociales et de quelques pelletées de miettes, une guerre parfois silencieuse qui s’inscrit dans les habitudes de tous. Lovée dans les quotidiens de la dépossession, c’est une guerre de soumission et d’élimination sociale. Loi pour la sécurité de ceux qui se sont tout accaparé et loi contre ceux qui se retrouvent esclaves au service de ces mêmes parasites. Une vie de labeur pour un monde de peine.
Le principe reste le même depuis bien longtemps, une poignée de pourris profite aux dépens des autres, «  la masse  », «  le peuple  », «  les pauvres  », autant de qualificatifs pour désigner une même classe sociale visée par le projet LOPPSI2. Cette loi n’est que l’évo-lution logique de l’appareil législatif dont se dotent toutes les classes dominantes pour justifier et assurer leur continuité. La farce démocratique continue, elle est légitimée par le cadre qu’elle a mis en place  : élections, élections, élections….
Aujourd’hui, il semble que l’illusion de la marginalité a pris un coup de réalité dans la gueule. Non, nul ne peut vivre tranquillou, qui dans sa cabane, qui dans sa yourte, qui dans son camion. Ceux qui l’ignoraient comprennent à présent qu’il n’y a d’autre choix que lutter sinon s’effacer et disparaître. Car dans l’esprit de cette nouvelle loi on retrouve la volonté de mettre au pas tous ceux et celles qui auraient des velléités de rébellion même minimes à l’encontre de l’État qui s’affirme chaque jour. Mettre au pas, mater, soumettre à l’ordre social les travailleurs salariés, les chômeurs, les RSA, les nomades, les sans papiers. Tous et toutes doivent se plier sans protester à ces lois qui sont faites pour les plus riches. Et n’ayons pas peur de le répéter, la police, la gendarmerie et l’armée sont les chiens de garde des privilégiés de cette dictature républicaine. La LOPPSI2 leur donne plus de pouvoirs de répression et des suppléants grâce à la milice nommée «  réserve civile  » afin que pas une parcelle de territoire n’échappe au contrôle. Ami, sens-tu ce délicieux parfum de veulerie rampante et de misérable obséquiosité  ?
On se le répète sans fin mais on n’a pas le choix  : le meilleur des mondes est un leurre comme les droits de l’homme et la démocratie, il n’y a pas de bonheur possible dans cet univers de misère à moins d’être un fieffé égoïste sourd et aveugle. Y-a-t-il d’autres possibilités que de se dresser contre la machine pour ne pas être broyé et servir de litière à leurs rêves de malades  ? Des solutions existent certainement pour stopper ce cauchemar. D’aucuns évoquent un hypothétique auto‑effondrement de la machine provoqué par un abandon massif et total de celle-ci, suivant l’idée «  détournes les yeux du prince et le prince n’existe plus  » dans sa version la plus aboutie. Certain-e-s rêvent d’être nulle part mais ils seront quelque part de toute façon. Des perspectives se discutent, se dessinent, il faudrait balayer les clivages traditionnels, les fausses différences, toutes ces mauvaises raisons perpétuant le jeu nocif de la division et c’est, peut-être, en commençant par se débarrasser de ces oripeaux que nous renforcerons le bélier par lequel voleront en éclats les portes blindées des châteaux de l’appris. Oui mon ami, résister ou être anéanti, telle est la question. A cette nouvelle déclaration de guerre, comment répondre sans prendre le maquis  ? Comment riposter sans y perdre la vie ou la «  liberté  »  ? Comment être efficace  ?
A trop être sur la défensive, on laisse l’adversaire prendre l’avantage (et ces derniers temps n’ont pas été des plus favorables pour que s’opère enfin la disparition de ce modèle social honni). La récurrente question des moyens de s’organiser hante mes écrits, je n’ai d’autres solutions à proposer à la discussion que celles déjà évoquées plus haut. Il y a autant de possibilités que d’individus qui, se jouant des catégories imposées par la bureaucratie, peuvent remettre en question les lois sécuritaires en commençant peut‑être par porter à la connaissance de ceux et celles qui n’en savent rien les décisions mortifères, totalitaires qui sont prises sans vergogne dans les palais feutrés où les puissants de ce jour se gaussent très probablement de l’incapacité apparente du peuple à les foutre dehors.
à ceux et celles qui voudraient me faire croire que le tableau est noirci, que chacun peut s’en sortir, que c’est pire en d’autres endroits de la planète, je leur conseillerais d’aller faire la queue aux Pôle emploi, CAF et autres temples de la misère sociale, d’aller faire un tour dans les prisons françaises, dans les camps de rétention où les sans papiers sont traités comme du bétail, d’aller travailler péniblement sur des chantiers pour un salaire de misère et si cette condition sociale leur convient parce que selon l’adage mensonger «  ailleurs, c’est pire  », si la résignation, le fatalisme, les confirment dans le renoncement de la vie, soit  ! Luttons avec ceux et celles qui ne renoncent pas car, de tout temps et en tout royaume, seule la lutte paye. Oui, l’Histoire semble se répéter sans fin entraînant dans son sillage les générations successives d’une classe qui a vu tant de défaites et dont le devenir reste lié à l’inévitable fin de ce monde. Pour une vie réelle au sein du vivant.
Certes, ce n’est que la énième loi sécuritaire qu’impose la classe dominante pour nous écraser toujours plus et cela quel que soit le locataire de l’Élysée. En effet, inutile de répéter ici que, du parti socialiste au parti communiste, tous ont toujours œuvré pour que se perpétue l’état des choses actuel. Et, des lois sécuritaires, il y en a sans cesse des nouvelles.
Un peu partout, cependant, la riposte s’organise et la contre-attaque des gueux pointe son nez....
Quelques actions aux quatre coins de la France viennent rappeler aux décideurs que tous ne se résignent pas. Comme à Saint-Jean-du-Gard où une soirée petits fours organisée par M. Roustan (député favorable à la LOPPSI2) est perturbée par des joyeux drilles qui, après avoir déployé quelques banderoles en l’enceinte de la petite sauterie, se sont fait chasser manu militari par les nombreux nervis.
Dans cette contre‑offensive, beaucoup se sont avant tout investis par rapport à l’article 32ter A et, confirmant ainsi les spéculations éclairées de ceusses qui avaient vu venir cet opportunisme de chapelle, les cabaneux/yourteux  [1] ont, après deux/trois tours de manège et l’invalidation de l’article 32ter A, réintégré leurs pénates ou rejoint l’interminable cohorte des anti-gaz-de-schistes qui désormais est LA lutte phare dans ce monde en ruine.
Sur cette dernière agression du capitalisme sur le vivant, il est aisé de constater le formidable consensus que génère ce nouveau front de lutte et la facilité avec laquelle chacun peut le rejoindre tant les critiques qu’il porte sont sans danger pour les maîtres de l’univers. En effet, les pétitions qui recueillent d’innombrables signatures sont d’un contenu si institutionnel que même la présidente d’Areva pourrait les signer.
Nulle part, dans ce fouillis, je n’ai vu de remise en question de cette administration de la destruction, seulement des mécontentements, copiés/collés à l’infini, de la gentillesse naïve de ceusses qui ne voient rien car leur champ de vision est barré par le gros du troupeau.
 

[1] Ceux qui font de leur choix d’habitation un idéal politique.