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On arrête pas le progrès :
Base-élèves, un fichage national dès 3 ans :

Créé et mis en place en 2004 dans un département pilote, généralisé en 2007, le fichier Base-élèves concerne les enfants scolarisés du premier cycle (maternelle dès 3 ans et primaire).
Officiellement, il a pour objectifs d’aider les directeurs à gérer les élèves, de permettre le partage des données en temps réel entre mairies et écoles, d’assurer un suivi des élèves, de faciliter l’échange d’informations entre inspecteurs de circonscription et inspecteurs d’académie.
Chaque élève se voit attribuer un numéro appelé INE, identifiant national de l’élève. Sous ce numéro apparaît l’état civil, identification du ou des responsables de l’enfant, le cursus scolaire, les activités périscolaires, les demandes d’aide personnalisées, et l’absentéisme.
Les informations concernant le pays d’origine et la date d’entrée sur le territoire ont été retirées suite aux mobilisations qu’ont suscitées les rafles de sans-papiers sur la base de ces informations.
Le contenu de ce fichier est à la discrétion du Ministère de l’éducation nationale, qui a toute latitude pour ajouter des rubriques ou en supprimer. Ce contenu ne peut que s’étoffer et les rubriques retirées réapparaîtront dès que la mobilisation faiblira. Souvenons-nous du Fichier national des empreintes génétiques (FNAEG) qui ne devait concerner que les délinquants sexuels à sa création et qui compte maintenant plus de un million de personnes. Lorsqu’un outil de contrôle est mis en place, quelles que soient ses restrictions premières, il ne fait que s’étendre jusqu’à englober la société tout entière.
Les parents ne sont pas avertis de ce fichage et il n’est pas soumis à leur autorisation. On ne peut donc s’opposer individuellement à sa mise en place, ni en surveiller le contenu ou rester vigilants comme certains syndicats d’enseignants le proclament .
Ce fichier a son pendant dans le secondaire sous le nom de « Sconet », utilisant le même identifiant que Base-élèves. Il s’agit de la mise an place d’une base nationale des « identifiants élèves ».
À quoi peut-elle bien servir, si ce n’est à l’établissement de profils de sélection, tel parcours correspondant à telle orientation. Chacun dans sa case dès le plus jeune âge, et attention aux récalcitrants, aux mécontents, aux râleurs, ils auront droit à leur diagnostic psychologique de déviant, hyperactif, névrosé, paranoïaque, etc.
Cette année, une évaluation nationale dans le primaire, concernant chaque élève de cm2 a été mise en place. Avec, pour conséquence logique, la mise en concurrence des élèves, des établissements et des enseignants. L’heure est à l’intensification de la sélection et de la compétition. C’est le triomphe du management moderne, de la gestion de masse personnalisée en temps réel. Ça donne de très bons résultats dans les grandes entreprises, comme Orange par exemple. Et c’est important d’y préparer au plus tôt les enfants. Les gains de productivité de l’avenir en dépendent.
Évidemment, un tel fichier a des implications policières.
Souvenons-nous du rapport Benisti qui, pour prévenir les comportements déviants, préconisait la détection précoce des troubles comportementaux infantiles dès la crèche, et proposait une « culture du secret partagé » entre les services publics afin de signaler à la police, via le maire, toute personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles.
Rappelons la loi de prévention de la délinquance du 7 mars 2007 (décret d’application du 13 février 2008) permettant au maire de créer un fichier des enfants de sa commune pour gérer l’absentéisme et les suivis sociaux qui en découlent.
Cette loi place le maire au centre du dispositif de prévention de la délinquance et établit le secret professionnel partagé entre les acteurs sociaux (santé, éducation, police, justice, mairies, services sociaux).
Base-élèves est donc une sorte de casier scolaire qui suivra l’enfant tout au long de sa scolarité, l’enfermant dans des cases administratives dont il aura le plus grand mal à s’extraire.
C’est aussi, grâce au partage des fichiers, un moyen de pression supplémentaire sur les parents qui devront rendre compte du comportement de leur enfant.
C’est aussi l’intégration des directeurs d’école et des professeurs à l’appareil policier, ce sont eux en effet qui collectent et mettent à jour les données.
Bien sûr ; ni la compétition, ni l’apprentissage de la discipline, ni la sélection en fonction des résultats et de la docilité ne sont nouveaux à l’école. Ils en font partie depuis la création de l’école obligatoire. Mais ce nouvel outil de fichage contribue grandement à resserrer les mailles du filet, et présage de futures gestions automatisées. Une pierre de plus dans la construction d’une société bureaucratique totalitaire.

La mise en place de ce fichier a suscité de nombreuses protestations de la part des enseignants, directeurs d’école, parents d’élève et associations de défense des droits de l’homme.
Cette contestation se limite souvent à des formes institutionnelles telles que l’envoi de lettres types demandant le retrait de Base-élèves aux différentes administrations, la saisie de la CNIL, ou encore celle du comité des droits de l’enfant de l’ONU qui fit part de ses « préoccupations » quant à « l’utilisation de ce fichier à des fins de détection de délinquance ou de migrants en situation irrégulière... ». Actuel-lement, une campagne de dépôt de plaintes contre x pour atteintes aux libertés publiques est en cours. Mais ces actions ont leur limite ; il est extrêmement rare qu’un gouvernement renonce à ses projets sur simple demande, ou que l’appareil judiciaire condamne un gouvernement ou l’oblige à retirer une loi.
Des professeurs et des directeurs se sont déclarés opposés à la mise en place de ce fichier et refusent de l’alimenter. Leur désobéissance est récompensée par tout un tas de pressions allant jusqu’à la rétention de salaire et la mise à pied. Certains se sont regroupés dans des collectifs de désobéisseurs.

Il y aussi des actions plus directes comme le blocage des journées de formation à baseélève, ou des sittings devant les ordinateurs de saisie dans les écoles. Cette voie mériterait d’être plus largement explorée et d’autres types d’actions sont à imaginer.