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Relaxe à Marseille, Pour refus de fichage ADN

Vendredi 19 mars, 8 heures 30 du mat’... Une trentaine de personnes prennent le pt’it déj’ devant le tribunal de grande instance de Marseille, à l’ombre d’une banderole : « Crachons notre HAINE pas notre ADN ! » Au menu : café, madeleines, tracts et brochures sur le refus de fichage ADN.

En général, c’est pas pour rien qu’on se pointe au petit matin devant un tribunal. Ce coup-ci, c’est pour soutenir trois personnes qui passent en procès pour « refus de se soumettre à un prélèvement ADN ».
Trois condés surveillent vaguement la porte d’entrée du « palais ». À l’intérieur, dans la 8ème chambre correctionnelle, quelques affaires sont rapidement expédiées (18 mois... 3ans... préventive... adjugé... vendu !), avant celle qui nous concerne. Il est environ 10 heures quand les trois personnes qu’on est venu soutenir sont appelées à la barre. Deux d’entre elles sont présentes. La juge pose à la première quelques questions sur son statut et ses conditions sociales. Quelques questions aussi sur les conditions d’interpellation...

Faut dire, les interpellations avaient eu lieu à côté d’un supermarché juste après une réquisition non négociée. Cinq personnes avaient été arrêtées (les deux qui ne sont pas jugées aujourd’hui passeront en procès pour les mêmes raisons, le 6 mai à 14 heures 30, toujours au TGI de Marseille), sous prétexte qu’elles « correspondaient » à la description des participants à l’action, faite aux condés par les vigiles. Des personnes correspondant au profil « type européen punk (...) » ! Ces cinq personnes ont, dans un premier temps, été poursuivies pour « vol en réunion » et « refus de prélèvement ADN », avant que l’instruction pour vol ne soit classée sans suite.
Quoi qu’il en soit, la juge n’avait pas accès au dossier concernant le vol.

Puis, le procureur prend la parole. Un réquisitoire plus que surprenant. Il revient d’abord sur les « conditions d’interpellation » : la suspicion qui conduit à l’interpellation des 3 personnes lui paraît infondée. La ressemblance avec un pseudo profil « européen type punk... » est à ses yeux un prétexte un peu trop léger pour arrêter quelqu’un. Exiger un prélèvement ADN sur les bases d’une suspicion aussi peu fondée relève de la procédure arbitraire, et témoigne d’une dérive qui peut conduire à un fichage de toute la population (sic !). Il embraye en faisant part de son indignation quant à la présence, dans le dossier, de fiches émanant des services des renseignements généraux et de la DST, qualifiant les accusés d’« anarcho-autonomes ». Il termine en demandant tout simplement la relaxe pour les 3 accusés, en raison de l’absence d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable l’infraction de refus de prélèvement biologique.
Là, on a quasi failli avoir une crise cardiaque... (on s’est demandé s’il faisait pas un peu de politique !).
L’avocat a pris le relais. Lui aussi a bien sûr plaidé la relaxe. Mais il a aussi insisté sur toutes les « irrégularités » et « manquements à la procédure », visant une nullité de la prolongation de la garde à vue.
Pour la seconde personne, ça a été carrément plus vite : la juge lui a posé quelques questions, les deux partis ont confirmé leurs positions... Emballer c’est peser : la justice s’est retirée pour délibérer.

Quelques minutes plus tard, le verdict : RELAXE pour les trois sur le défaut d’indices graves et concordants !!!!!!

Ce jour-là, la justice a suivi son cours comme toujours, mais, pour cette affaire, ça s’est révélé un peu plus surprenant que d’habitude. On retiendra surtout de cette matinée, une relaxe qui pourra faire l’objet d’une jurisprudence (suivant les notifications de la juge dans son compte-rendu du procès), l’impression d’avoir un peu rendu visible notre soutien à tous ceux qui refusent de cracher leur ADN, mais aussi à tous ceux pris dans l’engrenage de la machine judiciaire, même si on sait qu’il y a encore du chemin à faire pour que plus personne ne soit seul face aux flics, aux juges et aux matons...
Nous retiendrons enfin la date du prochain procès pour refus de prélèvement ADN, qui se tiendra le 6 mai à 14 heures 30 au tribunal de grande instance de Marseille.