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Beau comme des CRA qui crament !

En juin 2008, la prison pour sans-papiers de Vincennes brûle entièrement. Les « retenus » y mettent le feu lors d’une révolte collective après plusieurs mois de lutte à l’intérieur. La plupart d’entre eux obtiennent ainsi leur libération par manque de place. Un centre de rétention en moins, c’est concrètement moins de rafles et d’expulsions dans les mois qui suivent.
Dix personnes sont alors inculpées pour cet incendie. Elles ont déjà fait entre 6 mois et un an de prison lorsqu’elles sont jugées le 17 mars 2010. La justice, en bon serviteur de l’État, a suivi les réquisitions du procureur Gilbert Flam. Il avait demandé de 6 mois à 3 ans. La juge Nathalie Dutartre a donc condamné ceux qui avait été désignés comme coupables à des peines allant de 8 mois à 36 mois de prison fermes. De plus, les cinq « retenus » du CRA 1 ont été condamnés à verser des sommes allant de 700€ à 2 500€ à chacun des flics-matons, pour préjudice moral...
Les centres de rétention sont un rouage essentiel de la machine à expulser et donc des politiques de contrôle des flux migratoires. Quand le plus grand de ces centres est entièrement détruit par une révolte collective, l’État cherche à faire des exemples : il traque, emprisonne et punit. Dans ce procès emblématique, mais aussi au quotidien, la justice exerce sa violence de machine à punir contre tous ceux qui s’opposent aux règles établies par la classe dominante.

Au début du procès, des articles dans les médias révèlent qu’une enquête est lancée contre les auteurs de certains actes de solidarité, entre autres le sabotage de dizaines de distributeurs de billets appartenant à des banques qui ont pris pour sale habitude de dénoncer des sans-papiers se présentant à leurs guichets (LCL, la poste, BNP, Société générale)... Les lundi 15 et mardi 16 février, sept personnes ont été arrêtées à Paris, et leurs domiciles perquisitionnés. Trois d’entre elles ont été relâchées sans charges. Quatre sont mises en examen pour dégradation de biens d’autrui en réunion, et placées sous contrôle judiciaire avec interdiction de se voir. Une huitième personne serait recherchée.
« La principale fonction de ces arrestations et du contrôle judiciaire qui s’ensuit est de séparer et d’isoler toujours plus ceux qui luttent. Il s’agit aussi de tenter d’éradiquer certaines formes de lutte aussi banales que les collages, les tags et les manifestations sauvages. Condamner certains modes d’action sous prétexte qu’ils sont directement visés par la répression ne fait que renforcer les séparations que l’État tente d’imposer. » (in Sur les arrestations de quelques présumés serial-DABers).
Ailleurs en Europe : le 23 février, à Turin, Rovereto, Cuneo et Mantova (Italie du Nord), ce sont une vingtaine de domiciles et les locaux de la radio Blackout qui sont perquisitionnés. Trois personnes sont assignées à résidence, trois autres sont emprisonnées. Toutes sont relâchés à la mi-mars, certaines doivent pointer au commissariat. Ce sont deux ans et demi de lutte contre la politique d’immigration du gouvernement italien et contre les centres de rétention (CIE) qui leur sont reprochés : occupations de locaux de la Croix-Rouge qui gère les CIE, occupation du syndicat CGIL, du consulat de Grèce, de la Ligue du Nord... ; rassemblements réguliers devant les CIE ; actions contre les entreprises qui collaborent à la politique d’enfermement des migrants, contre des restaurants chics...
Si les flics, à Paris comme à Turin, serrent toujours des personnes lors de telles opérations, la lutte, elle, ne s’arrêtera pas comme ça ! Les révoltes à l’intérieur comme à l’extérieur des centres de rétention en Europe se poursuivent. Début mars : émeute et départs de feux dans un CIE à Madrid. Dans la nuit du 11 au 12 mars : 8 personnes s’évadent du centre de Turin après avoir creusé des trous. Le 13 mars, à Rome : rassemblement et blocage devant le centre de rétention de Ponte Galeria. À l’intérieur, cris, matelas en flammes, plusieurs dizaines de prisonniers qui montent sur les toits avant de s’en faire chasser par les brigades anti-émeute. À Steenokkerzeel en Belgique, à Mesnil-Amelot en France, des personnes se battent contre la construction de nouvelles prisons pour migrants. Là-bas comme ailleurs, les entreprises complices de la machine à expulser sont prises pour cibles.

A lire :

  • Feu au centre de rétention, Des sans-papiers témoignent (janvier – juin 2008), éditions Libertalia. Recueil de témoignages sur plusieurs mois de révoltes au CRA de Vincennes avant l’incendie.
  • Histoires des révoltes dans les centres de rétention en Europe (2005-2009), brochure disponible sur http://infokiosques.net
  • À chacun le sien, recension des vautours qui se font du fric autour de la machine à expulser, disponible sur http://infokiosques.net
  • Étrangers de partout, bulletin contre les centres de rétention et leur monde, n° 1 et 2 parus à ce jour, disponibles dans les infokiosques et sur demande à etrangersdepartout@riseup.net
  • Sur l’intérêt des manifs sauvages, exemples de quelques balades parisiennes contre la machine à expulser, http://infokiosques.net