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Louanges à Marianne

La saynète qui suit a été inspirée par un fait divers qui est venu briser pour un court moment la paix sociale dans le village de Saint-Jean-du-Gard (30). Le 22 avril 2009, le maire du bourg, aidé par des conseillers et des employés municipaux, sont venus démonter une yourte à usage collectif installée sur le domaine de la Borie, propriété de la mairie (voir Bulletin de contre-info en Cévennes, n°5 et n°7). Des habitués des lieux ont envahi et occupé la mairie en réponse (voir Bulletin n°8). Pendant l’assaut, un buste de Marianne a valsé et s’est retrouvé en miettes. La presse s’est évidemment offusquée. De nombreuses personnes dans les alentours ont pris position sur les événements. Certaines ont décoché un sourire. D’autres se sont indignées, jugeant que les personnes coupables devaient être jugées et condamnées au plus vite. Une pétition pour dénoncer la violence commise contre les symboles républicains aurait même recueilli 900 signatures…

Une salle lumineuse dans un édifice républicain. Au mur, un buste de Marianne rapiécé. Devant, une assemblée de fidèles, vêtus luxueusement, tantôt bcbg, tantôt bobo… Sous la Marianne, le prêcheur, habillé d’un costard en chanvre bio et d’une écharpe tricolore.
Fond musical discret : La Marseillaise de Rouget-de-Lisle, version instrumentale.

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne !

Les fidèles, en chœur

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Gloire à toi ô Marianne, symbole de la Liberté.
Liberté de ces millions d’électeurs qui ont le choix d’élire leurs nouveaux bergers, ceux qui guideront le peuple, décideront des nouvelles lois auxquelles nous nous soumettrons, mettront en place les dispositifs assurant notre sécurité et la défense de notre Nation…
Marianne, gloire à toi qui symbolise la liberté de donner son avis avec l’espoir d’être écouté.
Gloire à toi, ô Marianne, qui symbolise notre liberté d’entreprendre, d’investir, de générer du profit et de mettre au turbin la masse salariale !
Gloire à toi, ô Marianne, symbole de la liberté de la presse, celle de téléguider l’information pour mieux la faire correspondre à notre réalité !
Gloire à toi, Marianne, qui symbolise cette liberté qui est une contrainte, puisque limitée d’office à celle de son voisin, au respect de la loi et de l’ordre établi, car une liberté qui, au contraire, s’étendrait avec celle des autres, mettrait notre équilibre en péril…

Les fidèles

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne, symbole de l’Egalité.
L’égalité des enfants de la patrie qui ont tous accès à nos écoles où ils apprennent à se soumettre à leurs supérieurs. Ecoles où on leur enseigne la morale et les valeurs de notre noble bourgeoisie républicaine, où on les forcera à devenir des êtres dociles et serviables.
Gloire à toi, Marianne, qui symbolise l’égalité de ces travailleurs qui tous devront mettre leur force de travail au profit de l’Etat et du Capital.
Gloire à toi, ô Marianne, symbole de l’égalité de tous devant la loi selon leurs revenus.
Gloire à toi, ô Marianne, symbole de leur égalité dans la soumission aux juges, aux huissiers, aux policiers, aux matons, aux contrôleurs, aux patriarches…, selon leurs revenus.

Les fidèles

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne, symbole de la Fraternité.
Fraternité que nous symbolisons également, nous ici réunis. Fraternité des citoyens qui collaborent au maintien de l’ordre, qui donnent des informations à nos frères policiers…
Gloire à toi, ô Marianne, symbole de la fraternité qui nous unit, nous, frères de la bourgeoisie, représentants de l’élite intellectuelle, culturelle et économique de notre belle France.
Gloire à toi, ô Marianne, qui symbolise cette fraternité qui nous permet de maintenir dans la division ceux qui ne possèdent pas, ceux qui pourraient nous nuire s’ils s’unissaient.

Les fidèles

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Oui, oh oui, gloire à toi, ô Marianne !

Un fidèle, en transe et les larmes aux yeux

Ouuuiiii… gloire à toi, Marianne !

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne qui nous a permis d’habiller de neuf l’Etat et le pouvoir après les heures chaotiques de notre histoire où une foule d’enragés et de culs-terreux semaient le désordre.
Gloire à toi, ô Marianne, symbole aussi de la sainte Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sacre nos valeurs tout en faisant croire aux inférieurs qu’elle les protège. L’article 1er précise ainsi que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Nous savons mes frères combien elles nous sont utiles ! Ce texte fondamental, dès l’article 2 et jusqu’à l’article 17, grave dans le marbre notre sacro-sainte propriété sans qui nous ne serions que des misérables. Cette déclaration donne aussi tout son sens et son approbation à la Loi, pour laquelle nous nous battons puisqu’elle protège nos intérêts…
Gloire à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ! Gloire à la Loi ! Gloire à toi, ô Marianne !

Les fidèles

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne, et gloire à nos couleurs ! Gloire à notre drapeau bleu, blanc et rouge, fierté de notre grande Nation ! Gloire à ceux qui ont servi sous ce drapeau, surtout lorsqu’ils sont nés sur notre sol !
Gloire à ceux qui ont été sur d’autres continents répandre nos valeurs, gloire à ceux qui ont apporté la civilisation aux sauvages.
Gloire à toi Marianne, gloire aux idées que tu représentes, celles de la Démocratie, du Capitalisme que nous continuerons d’imposer aux peuplades de la Terre entière, à tous ces barbares qui sans nous ne connaîtraient pas la valeur de l’argent, la nécessité de l’Etat tout-puissant, l’accroissement de la production et de la plus-value, le salaire de la peur, euh... du labeur.
Gloire à la colonisation passée et future, sans laquelle nous ne pourrions recueillir la force de travail et les matières premières nécessaires à l’accroissement de notre puissance.
Marianne, gloire à toi qui recueille tous ceux qui acceptent de vivre en ton sein (il prend un air attendri), les orphelins que nous sommes tous un peu. Gloire à toi qui nous apprend la bienséance de la vie sociale parce que nous partageons tes valeurs, ton i-den-ti-té. Mais, si tu es notre mère, celle de nos compatriotes français, tu ne peux pas être celle de tous les miséreux du monde. Il est donc de notre devoir de républicains de rejeter hors de nos frontières tous ceux qui ne sont pas d’ici, surtout s’ils ne sont pas utiles à l’économie de notre pays.
Gloire à toi, ô Marianne, qui symbolise l’identité nationale et la gestion rigoureuse des flux migratoires !

Les fidèles, de plus en plus en transe, comme lobotomisés

Gloire à toi, ô Marianne !
Gloire à toi, ô Marianne !
Gloire à toi, ô Marianne ! ...

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne, dont la raie publique aime la carotte aussi bien que le bâton.
(Il marque un temps d’arrêt comme s’il attendait une réaction de la salle).
Gloire à toi, ô Marianne, symbole de la paix sociale.
Gloire à toi, Marianne qui enfante les prisons où l’on enferme tous les récalcitrants, tous ceux qui refusent de marcher dans le rang, tous ceux qui défient la Loi et l’Ordre public.

Un fidèle

Au cachot !

Le prêcheur

Gloire à toi, ô Marianne, car lorsque ton buste part en miettes, les plus fervents de tes fidèles sortent de leur léthargie, et partent en croisade pour laver ton nom et ta vertu.

Les fidèles

Gloire à toi, ô Marianne !

Le prêcheur

Gloire à vous, enfants de la patrie !
Gloire à toi, ô Marianne !
Vive la République, et vive la France !

Le fond musical augmente. Tous chantent La Marseillaise en chœur, la main sur la poitrine et les larmes aux yeux.
Le prêcheur passe dans la salle avec un tronc où est inscrit en toutes lettres « impôts ».