Accueil du siteles bulletinsbulletin n°9 |     Plan du site                                                                 |contact|

Les voleurs de bois et la petite entreprise du maire
C’est au tribunal de Florac (Lozère) que trois individus comparaissaient le vendredi 26 juin 2009 pour avoir osé couper du bois de chauffage sur un terrain appartenant à la commune de St-Andéol-de-Clerguemort. Monsieur le maire les aurait vus armés d’objets leur permettant de couper la bouscasse communale. Il les a aussitôt réprimandés, avant de s’en aller porter plainte en gendarmerie. Et voilà donc les trois comparses condamnés avec sursis à quelque centaines d’euros d’amende, et à payer les frais de justice. Petite chance dans leur infortune, le conseil municipal ayant oublié de délibérer sur la plainte, la commune n’a pas pu se porter partie civile...
Le même conseil n’a par contre pas oublié d’octroyer l’exploitation de la forêt communale à l’entreprise de Monsieur le maire, la SCIC Bois 2 mains, très en vogue dans la région car partie prenante de l’exploitation éco-industrielle de la forêt cévenole, exploitation aux irrésistibles accents de « développement durable ».
Hormis l’accoutrement bio de nombreux propriétaires du 21ème siècle - tel le maire de St-Andéol -, les temps, sous certains aspects, n’ont pas tellement changé depuis 1842, date à laquelle Karl Marx publiait une série d’articles sur le vol et les voleurs de bois, le « paupérisme rural » et les « méfaits forestiers », et analysait les causes de toute cette verte délinquance. L’appropriation privée des communaux faisait alors rage, et les us et coutumes multiséculaires des pauvres devenaient des délits.
Voici un édifiant inventaire à la Prévert, dressé par un garde forestier de l’époque :
« vol de myrtilles et autres fruits des bois ; vol de produits forestiers nécessaires à la production de brosses et balais, ou de nourriture pour le bétail ; vol de ramilles pour la production de moulinets ; vol de bois pour la réparation d’ustensiles domestiques et agraires ; vol de bois pour les lattes de toiture ; vol de bois pour les perches à houblon ; vol de bois pour escaliers, trétaux, échafaudages ; vol de racines traçantes pour la vannerie ; vol de fagots pour bois de chauffe... ».
Cette liste est extraite de Les dépossédés. Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres, Daniel Bensaïd, La fabrique éditions, 2007.