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« Contre la vie chère ! Vol, pillage, sabotage ! »

Ce slogan, scandé marginalement par quelques jeunes gens et timidement repris par quelques oreilles amusées pendant le défilé du 19 mars à Nîmes, sonnait un peu comme une fausse note dans le concert de l’union syndicale. Deuxième mobilisation générale appelée par les syndicats depuis le début de l’année 2009, cette manifestation, si elle a été largement suivie (3 millions de manifestants en France), n’a pas pour autant fait basculer le rapport de force entre les exploités et les exploitants. Le gouvernement n’avait pas de quoi s’inquiéter puisqu’il pouvait compter sur ses partenaires sociaux, toujours prêts à négocier sur le dos des travailleurs et n’appelant à un nouveau rassemblement que pour les festivités annuelles du traditionnel 1er mai. Les patrons quant à eux continuaient à s’offrir de belles retraites et à planifier leurs profits. Mais les exploités ont décidé d’une autre partition, et, des mots qui semblaient faire fausse note il y a deux mois trouvent depuis de nombreux échos...

Des résistances locales qui ne sont pas isolées...

Dans le contexte du capitalisme mondialisé, qui repose sur l’exploitation du travail, fondement de la production et de la circulation des marchandises à l’échelle du globe, chaque lutte locale a des répercussions sur l’ensemble du processus de production, sur le plan mondial. Dans l’automobile par exemple, Toyota, Nissan et Chrysler sont passés aux 4 jours travaillés (75% de leur production industrielle) depuis que les productions de leurs fournisseurs (équipements, pièces en alu...) sont liquidées ou leurs sites bloqués par les ouvriers. Chaque attaque, même parcellaire, du système de production, de son appareil financier et de ses régulateurs (état, institutions...) perturbe, menace, sabote la machine d’exploitation par-delà les frontières nationales, la division de la production et la parcellisation du travail. Lors de rencontres en huis-clos tels le G20, le sommet de l’OTAN ou celui de Vichy au niveau européen, les dirigeants des différents états de la planète se sont, une fois de plus, organisés pour gérer de manière globale les déboires du système d’exploitation, planifier les restructurations nécéssaires du capital, préparer les résistances qui en découleront et donc consolider les structures de contrôle. à l’échelle nationale, le discours médiatico-sécuritaire et le spectre de la crise permet de justifier un arsenal de mesures et de lois destiné à, d’une part, discipliner le salariat, qui doit désormais accepter la norme de la précarité et de l’insécurité sociale, et, d’autre part, criminaliser les “exclus”, les rebuts de la société de marché, qui sont soumis à une surveillance et à un fichage croissants, capables de les faire tomber aisément dans la zone juridique du délit, voire du crime, et donc de les isoler (la construction de multiples nouveaux centres pénitentiaires et la population carcérale actuelle témoigne de cette pénalisation de la pauvreté et des conduites “marginales”). En outre, les rafles et expulsions de sans-papiers (voir dossier « prisons pour migrants », p. 21) permettent de mettre la pression à cette partie de la population corvéable à souhait...
Mais le spectre de la crise, le discours sacrificiel qui l’accompagne, appelant à l’effort national, ainsi que le mythe de la nécessité naturelle et de la moralité de l’exploitation, les dominés ne l’entendent pas, et les palliatifs destinés à adoucir les effets de la misère ne suffisent pas à endiguer la colère générale. Car la crise, c’est en fait la chute du taux de croissance mondiale. Tiré par les exploiteurs internationaux, essentiellement sur l’exploitation du travail mais aussi par de nombreuses fraudes (une enquête récente a révélé que rien qu’en France sur 300 fournisseurs de 12 multinationales françaises, 44,50 % étaient des fraudeurs) c’est ce taux de profit qui n’a pas été assez important pour que la reproduction et la survie du capital soient assurées, c’est-à-dire la perpétuation de la domination des possédants et de leur enrichissement. La crise menace de déreliction leur appareil financier et leur système de production, cet enfer salarial. Et ce sont les travailleurs qui devraient payer de leur salaire, de leur niveau de vie, de toutes ces vies bouffées par l’usine, le sauvetage des entrepreneurs multinationaux !? Des banques en Grèce aux usines en France en passant par les infrastructures du Chili, les réseaux de transports en Belgique et les prisons de maints pays, la colère générale atteint toutes les instances et outils du pouvoir capitaliste, soit tout ce qui ne mérite que de s’effondrer. Devant cette puissance particulière qu’ont les résistances ouvrières de bloquer la production et de menacer son appareil global, face à cette effervescence de pratiques radicales de lutte, dans ce climat de tension où les révoltes se multiplient partout dans le monde, les dirigeants relayés par les médias s’inquiètent de cette « tendance révolutionnaire » (dixit Villepin) et stigmatisent cette violence. Violence contre qui ? Contre les capitalistes et les faiseurs de guerre, les promoteurs du chaos économique, les architectes du désordre mondial ! Ces mêmes personnes qui tiennent l’industrie, choisissent les présidents, nomment les juges, possèdent les journaux, dotent les universités. Violences, oui..., contre l’oppresseur... toujours !!
Quant aux “miettes” que veulent négocier les “partenaires sociaux” — ceux-ci ont beau jeu de remettre à leurs bouches les termes connotés d’« ouvriers » et de « syndicats » pour faire croire à une combativité retrouvée, il y a longtemps que les travailleurs ne sont plus dupes de leur jeu de cogestion de l’exploitation — , ces “miettes” donc ne suffiront pas à changer le rapport maîtreesclave. Les améliorations ou détériorations des conditions de vie matérielle ne changeront pas le système d’exploitation, et l’antagonisme irréductible qui dresse l’un contre l’autre le capital et le travail génèrera de nouvelles résistances. Ces moments où l’on montre qu’on existe encore, que l’on peut dire « non », ne pas accepter tout docilement..., ces luttes dans lesquelles s’expriment nos facultés créatrices et se construisent des solidarités, se reproduiront... et ce, jusqu’à la réappropriation totale de nos vies, jusqu’à la mort du vieux monde et de la misère qu’il produit.

Sources :
les périodiques Dans le monde une classe en lutte et Cette semaine, le site internet Des nouvelles du front, ainsi que l’ouvrage Le sabotage, d’émile Pouget (1905).